Cetteimagination pulsation non réfléchie et qui correspond à une projection de l'homme par des images, asservit l'esprit et la pensée de l'homme à des illusions, à de fausses
SolĂšne PAIN Les fables de La Fontaine ont-elles uniquement un caractĂšre moralisateur ? La sĂ©ance de tutorat, lors de laquelle on a pu Ă©changer avec dâautres Ă©tudiantes, mâa permis de me poser les bonnes questions pour le mĂ©moire qui sera la poursuite de mon TER. Dans un premier temps, je vais pouvoir revenir sur le titre de mon TER qui Ă©tait âEtudier les fables au cycle 3â. En effet, je ne reprendrai pas ce titre car celui-ci Ă©tait dĂ©jĂ trop vague et ne reflĂ©tait pas le contenu de mon Ă©crit. En effet, la notion principale que jâabordais Ă©tait principalement la morale. De ce fait, sachant que pour mon mĂ©moire je vais repartir de ce TER, le titre sera ici plus prĂ©cis et plus Ă©voquant sur son contenu. Le terme principal âmoraleâ sera bien Ă©videmment repris. Pour le mĂ©moire, je vais me baser uniquement sur les fables de La Fontaine. La principale question que je vais me poser est de savoir si les fables sont Ă©crites dans lâunique intention de faire passer une morale. Ensuite, je vais analyser quelques situations oĂč la place de la morale est diffĂ©rente. Jâai pour cela sĂ©lectionnĂ© un corpus de fables. Ce choix personnel sâest fait sur plusieurs critĂšres dans un premier temps, jâai choisi des fables qui peuvent ĂȘtre accessibles Ă des Ă©lĂšves de cycle 3, et ensuite un choix sâest aussi fait par rapport Ă la place de la morale dans la fable au dĂ©but, Ă la fin, ou implicite. De ce fait, la problĂ©matique provisoire pour mon mĂ©moire pourrait ĂȘtre âEst-ce que les morales des fables de La Fontaine sont uniquement lĂ pour enseigner quelquechose ?â ou âEst-ce que les fables de La Fontaine ont un caractĂšre uniquement moralisateur ?â Au sein de mon mĂ©moire, je vais analyser un point de vue qui est le mien, il sâagira dâune observation personnelle qui pourrait ĂȘtre discutĂ©e. Je pense que cela peut ĂȘtre mis en rapport avec une conception de Benveniste, âune mĂ©thode aux prises avec les difficultĂ©s dâun problĂšme rĂ©el se laisse au moins juger sur les solutions quâelle propose, tandis quâĂ raisonner sur des conclusions acquises, on est sĂ»r de gagner sans risque, et de nâenseigner que le connuâ. Pour rĂ©pondre Ă mes questionnements, jâai lu et vais poursuivre quelques articles et ouvrages La fable Un mensonge qui dit la vĂ©ritĂ©, Christian BIET, Textes et Documents pour la Classe n°685, 1994 Les Fables de La Fontaine, Pratiques n°91, Septembre 1996 Lâenfant et les fables, Michel Fabre, PUF, pĂ©dagogie dâaujourdâhui, Paris, 1989 Quelle littĂ©rature pour la jeunesse ?, Marie-Claire Martin et Serge Martin, Klincksieck, Paris, 2009, chap. 3, 14 et 15 Mots-clĂ©s morale, fables, La Fontaine, plaisir, enseignement, leçon, place de la morale _____ Serge MartinProfesseur Ă©mĂ©rite de littĂ©rature contemporaine de langue française DILTEC EA 2288 et THALIM UMR 7172, UniversitĂ© Sorbonne Nouvelle Paris 3 Ecrivain sous le nom de Serge RitmanMore Posts - Website Follow Me Linsistance de La Fontaine sur la « biĂšre » (v7), le « plomb » (v33) montre la rĂ©ification de la personne pour le clergĂ©, qui ne se prĂ©occupe pas de spiritualitĂ© mais se rĂ©vĂšle mercantile. Les pensĂ©es du prĂȘtre mettent en valeur la relation conçue sur lâĂ©change et le profit : « on vous en donnera [des priĂšres] de toutes Livres Ebooks & liseuses NouveautĂ©s Coups de cĆur Livres Ă prix rĂ©duits Bons plans Papeterie Jeux Reprise de livres Dix ans aprĂšs le premier recueil des Fables, La Fontaine publie les cinq livres d'un deuxiĂšme recueil, auquel il accorde un grand prix ce sera son... Lire la suite 3,50 ⏠Poche ExclusivitĂ© magasins 3,50 ⏠Ebook TĂ©lĂ©chargement immĂ©diat 2,99 ⏠Dix ans aprĂšs le premier recueil des Fables, La Fontaine publie les cinq livres d'un deuxiĂšme recueil, auquel il accorde un grand prix ce sera son "livre favori", dit-il dans la fable liminaire Ă Madame de Montespan, grĂące auquel il "ose espĂ©rer une seconde vie". AssurĂ©ment, les lecteurs de tous les Ăąges et de tous les temps feront leur miel de ces rĂ©cits dont la dĂ©licatesse de l'Ă©criture et l'imagination puissante servent un faisceau inĂ©puisable de significations. Date de parution 29/08/2019 Editeur Collection ISBN 978-2-09-151217-4 EAN 9782091512174 Format Poche PrĂ©sentation BrochĂ© Nb. de pages 240 pages Poids Kg Dimensions 12,6 cm Ă 17,8 cm Ă 1,4 cm Lire et comprendre l'oeuvre intĂ©grale Tous les repĂšres sur l'auteur et le contexte de l'oeuvre ; Des encarts culturels et des Ă©clairages au fil du texte ; Des explications de texte avec une question de langue pour prĂ©parer l'oral. PrĂ©parer le Bac Des tests de lecture de l'oeuvre ; Les clĂ©s pour bien connaĂźtre l'ceuvre l'art du rĂ©cit et de la mise en scĂšne, la satire.. Imagination et pensĂ©e au XVIIe siĂšcle Tout pour comprendre le parcours les thĂšmes clĂ©s imagination, fiction, raison, morale ..., des groupements de textes complĂ©mentaires, des citations, des prolongements artistiques...Vers le Bac des sujets de dissertation, des points de mĂ©thode et des outils pour prĂ©parer l'oral du Bac. PourLa Fontaine, les fables ont le devoir d'apprendre aux enfants, qui sont des nouveaux venus dans le monde ce qu'est un Lion ou un Renard car puisqu'ils viennent d'arriver, ils ne les connaissent pas encore. En conclusion, on peut dire que les fables ne sont pas de simples badineries pour les enfants puisqu'elles ont un sens cachĂ©, un sensRĂ©sumĂ© du document Depuis l'AntiquitĂ©, plusieurs fabulistes se sont succĂ©dĂ©s dans l'Ă©criture de nombreuses fables, comme Esope ou Jean de la Fontaine. Ce trĂšs court rĂ©cit mettant en scĂšne des ĂȘtres humains ou des animaux est composĂ© d'une morale dont l'enseignement a une valeur universelle. Cependant, mĂȘme si de nombreuses fables sont imposĂ©es aux enfants lors de leur Ă©ducation, leur influence est remise en cause, notamment pour Rousseau. C'est pour quoi on peut se demander en quoi les fables sont destinĂ©es aux enfants. Du fait d'une morale parfois complexe, le sens quelles ont nest pas toujours perçu par tout le monde. Selon Rousseau, elles sont avant tout destinĂ©es Ă l'homme adulte, car les enfants ne sont pas assez grands pour ĂȘtre en mesure de comprendre l'apologue qui conclut l'histoire. Sommaire La complexitĂ© de la morale d'une fable La portĂ©e Ă©ducative de la morale d'une fable pour l'enfant Extraits [...] Les fables sont-elles destinĂ©es aux enfants ? Introduction Depuis l'AntiquitĂ©, plusieurs fabulistes se sont succĂ©dĂ© dans l'Ă©criture de nombreuses fables, comme Esope ou Jean de la Fontaine. Ce trĂšs court rĂ©cit mettant en scĂšne des ĂȘtres humains ou des animaux est composĂ© d'une morale dont l'enseignement a une valeur universelle. Cependant, mĂȘme si de nombreuses fables sont imposĂ©es aux enfants lors de leur Ă©ducation, leur influence est remise en cause, notamment pour Rousseau. C'est pourquoi l'on peut se demander en quoi les fables sont destinĂ©es aux enfants . [...] [...] La fable, son rĂ©cit et son apologue, est donc en partie utile Ă l'enfant, comme Ă l'homme finalement. Donc les fables sont destinĂ©es par son but aux enfants mais elles sont aussi destinĂ©es aux gĂ©nĂ©rations plus vieilles du fait qu'elles dĂ©noncent les mĆurs et les vices de la sociĂ©tĂ© Ă travers des apologues plus profonds qu'un enfant n'est pas en mesure de comprendre. La fable n'est pas le seul genre littĂ©raire utilisĂ© afin d'apporter un enseignement Ă l'enfant. De nombreux contes ont une visĂ©e argumentative que leur est destinĂ© comme Le Petit Chaperon Rouge ou Barbe -Bleue ,Ă©crits de Charles Perrault. [...] [...] Mais les fables sont avant tout un moyen d'apprendre, de tirer des leçons de ce qu'elle donne. Depuis toujours elle repose sur de nombreux procĂ©dĂ©s pĂ©dagogiques. A l'Ă©cole les fables Ă©taient, et restent encore, un moyen d'instruire les enfants. Les fabulistes font en sorte de faciliter leur lecture. Par exemple, la prĂ©sence des animaux au lieu des humains rend le rĂ©cit plus agrĂ©able. En effet, il est plus facile pour un enfant de lire une histoire avec des animaux qui agissent et qui parlent comme des hommes. [...] [...] La distraction qu'elle apporte n'est pas la seule utilitĂ©, en effet, elle apporte Ă©galement un enseignement. L'apologue est un moyen d'instruire et de faire passer un message puisque l'enfant tire une leçon de la mauvaise, ou bonne, expĂ©rience des personnages de la fable. Par exemple dans La LaitiĂšre et le Pot au Lait, la morale est trĂšs clairement Ă©noncĂ©e, et l'erreur qu'a commise la laitiĂšre nous apprend qu'il ne faut pas rĂȘver trop en se faisant facilement emporter par notre imagination. [...] [...] MĂȘme si beaucoup de fables sont des exemples pour les Ă©duquer, ils sont capables de modifier l'apologue Ă leur avantage et finalement, cela ne leur est d'aucune utilitĂ© d'en lire pour en tirer de mauvaise leçon. Un adulte serait plus Ă mĂȘme de saisir correctement le vĂ©ritable de sens de l'apologue. Si l'on prend l'exemple des Animaux malades de la peste, la morale fait clairement rĂ©fĂ©rence au Roi et ses courtisans. L'apologue conseille d'ĂȘtre menteur afin de plaire, et Ă ce moment-lĂ , il visait la Cour. [...]
Jeande La Fontaine, Fables, VII, 9, 1678. Document B. Assurons-nous bien du fait, avant de nous inquiéter de la cause. Il est vrai que cette méthode est bien lente pour la plupart des gens, qui courent naturellement à la cause, et passent par-dessus la vérité du fait ; mais enfin nous éviterons le ridicule d'avoir trouvé la cause de ce qui n'est point. Ce malheur
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Examen Ă©crit avant lâoral de le Bac Français cette annĂ©e, certains amĂ©nagements ont Ă©tĂ© accordĂ©s aux candidats pour la voie gĂ©nĂ©rale ils auront Ă choisir entre 2 sĂ©ries de 3 sujets de dissertation au lieu dâune, et 2 sujets de commentaires ; le nombre de sujets proposĂ©s aux candidats des sĂ©ries technologiques est lui aussi doublĂ©, puisquâils devront choisir entre 4 sujets 2 commentaires, et 2 rĂ©sumĂ©s de texte chacun suivi dâun essai. FacilitĂ©s accordĂ©es aux candidats du Bac 2021 suite aux difficultĂ©s de prĂ©paration cours Ă distance, en demi groupe....Au programme cette annĂ©e pour la sĂ©rie GĂ©nĂ©rale la poĂ©sie du XIXe siĂšcle au XXI siĂšcle avec par exemple le poĂšme Lâancienne gare de Cahors » de ValĂ©ry Larbaud 1913 ou encore Victor Hugo Les Contemplations, Baudelaire les fleurs du Mal, Guillaume Apolinaire Alcools - mais aussi le roman et rĂ©cit du Moyen Age au XXIe siĂšcle avec Georges Perec et enfin le théùtre du XVIIe siĂšcle au XXIe siĂšcle avec MoliĂšre, Marivaux et Jean-Luc les sĂ©ries Techno Tzvetan Todorov, Montaigne, Jean de La Fontaine, EloĂŻse LhĂ©rĂ©tĂ©, Victor Hugo, Voltaire...Date Jeudi 17 juin 2021 de 14h Ă 18 hDurĂ©e de l'Ă©preuve anticipĂ©e de français 4hSĂ©ries GĂ©nĂ©rale et TechnoCoefficient 5Les corrigĂ©s des Ă©preuves du Bac français sont maintenant disponiblesBac Français 2021 SĂ©rie GĂ©nĂ©rale - 1er sujetVous traiterez, au choix, lâun des deux sujets suivants 1- Commentaire 20 pointsObjet d'Ă©tude Le roman et le rĂ©cit du Moyen Ăge au XXIe siĂšcleVous commenterez le texte suivant Georges PEREC 1936-1982, Les Choses 1965 â extrait du chapitre 22- Dissertation 20 pointsObjet d'Ă©tude La poĂ©sie du XIXe siĂšcle au XXIe siĂšcleLe candidat traite au choix, compte tenu de lâoeuvre et du parcours Ă©tudiĂ©s durant lâannĂ©e, lâun des trois sujets suivants Sujet AOEuvre Victor Hugo, Les Contemplations, livres I Ă IVSujet BOEuvre Baudelaire, Les Fleurs du MalSujet COEuvre Guillaume Apollinaire, AlcoolsBac Français 2021 SĂ©rie GĂ©nĂ©rale - Sujet BisVous traiterez, au choix, lâun des deux sujets suivants 1- Commentaire 20 pointsObjet d'Ă©tude La poĂ©sie du XIXe siĂšcle au XXIe siĂšcleVous commenterez le texte suivant ValĂ©ry LARBAUD, Les PoĂ©sies de Barnabooth, 19132- Dissertation 20 pointsObjet d'Ă©tude Le théùtre du XVIIe siĂšcle au XXIe siĂšcleLe candidat traite au choix, compte tenu de lâoeuvre et du parcours Ă©tudiĂ©s durant lâannĂ©e, lâun des trois sujets suivants Sujet AOEuvre MoliĂšre, Le Malade imaginaireSujet BOEuvre Marivaux, Les Fausses confidencesSujet COEuvre Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du mondeBac Français sĂ©ries Technologiques - sujet 1Vous traiterez au choix, lâun des deux sujets suivants 1- Commentaire de texte 20 pointsRomain Gary, La Promesse de lâaube, Contraction de texte 10 points et essai 10 pointsCompte tenu de lâoeuvre et du parcours Ă©tudiĂ©s durant lâannĂ©e, vous traiterez lâun des trois sujets suivants A- Montaigne, Essais, Des Cannibales » I, 31. Parcours Notre monde vient dâen trouver un de Tzvetan Todorov, La dĂ©couverte de lâAmĂ©rique », prĂ©face de Le Nouveau Monde rĂ©cits de Amerigo Vespucci, Christophe Colomb, Pierre Martyr dâAnghiera, Jean de La Fontaine, Fables, livres VII Ă IX. Parcours Imagination et pensĂ©e au XVIIĂšme dâEloĂŻse LhĂ©rĂ©tĂ©, Les livres ont du pouvoir », Sciences humaines, n° 321, janvier Voltaire, LâIngĂ©nu. Parcours Voltaire, esprit des dâAntoine Lilti, LumiĂšres. Peut-on Ă©duquer le peuple ? », LâHistoire, n° 463, septembre Français sĂ©ries Technologiques - sujet BisVous traiterez au choix, lâun des deux sujets suivants 1- Commentaire de texte 20 pointsVictor HUGO, Le Roi sâamuse, acte II, scĂšne 4, - Contraction de texte 10 points et essai 10 pointsCompte tenu de lâoeuvre et du parcours Ă©tudiĂ©s durant lâannĂ©e, vous traiterez lâun des trois sujets suivants A â Montaigne, Essais, Des Cannibales », I, 31. Parcours Notre monde vient dâen trouver un de Rodolphe Christin, Manuel de lâanti-tourisme, â Jean de La Fontaine, Fables, livres VII Ă IX. Parcours Imagination et pensĂ©e au XVIIĂšme dâaprĂšs Janick Auberger Entre lâĂ©crit et lâimage, lâanimal de fiction, un homme travesti ? », Contre-Jour, n°13, automne â Voltaire, LâIngĂ©nu. Parcours Voltaire, esprit des dâaprĂšs Antoine Lilti, LâhĂ©ritage des LumiĂšres », Les Grands dossiers des Sciences humaines, n°56, septembre-octobre-novembre 2019.=> Les corrigĂ©s des Ă©preuves du Bac français sont maintenant disponiblesConsultez aussi SpĂ©cial BACDates du Bac Ă©preuve par Ă©preuveLes alertes rĂ©sultats du Bac officiels et gratuits, en direct des acadĂ©mies...
Cest en 1773 que Chamfort rend hommage au « peintre le plus fidĂšle de la nature et de la sociĂ©tĂ© » dans son « Eloge de La Fontaine ». Tout au long des annĂ©es 1770, Chamfort griffonne ses rĂ©flexions impitoyablement grinçantes sur des petits carrĂ©s de papier, jetĂ©s pĂȘle-mĂȘle dans des cartons. SUJET BAC FRANĂAIS 2021. Les Ă©preuves Ă©crites de français ont dĂ©sormais eu lieu, dans les centres Ă lâĂ©tranger comme en France mĂ©tropolitaine. Tous les sujets accessibles ci-dessous et en PDF. Dâabord, il faut rappeler que les conditions sanitaires nâont pas permis aux candidats de travailler dans des conditions normales pendant lâannĂ©e. Ils avaient donc le choix entre deux sujets. Notre mĂ©thode complĂšte pour rĂ©ussir le commentaire condensĂ©e dans un petit guide. SUJETS DU BAC DE FRANĂAIS GĂNĂRAL 2021 SUJET 1 A. Commentaire Objet dâĂ©tude Le roman et le rĂ©cit du Moyen Ăge au XXIe siĂšcle. Texte Les Choses de Georges Perec, extrait du chapitre 2. B. Dissertation Objet dâĂ©tude La poĂ©sie du XIXe siĂšcle au XXIe siĂšcle Ćuvre Victor Hugo, Les Contemplations, livres I Ă IV. Sujet Dans la prĂ©face des Contemplations, Victor Hugo dĂ©crit son recueil comme un miroir tendu aux lecteurs. En quoi cette image rend-elle compte de votre lecture des quatre premiers livres du recueil? Baudelaire, Les Fleurs du Mal. Sujet On a reprochĂ© Ă Baudelaire de tout peindre, de tout mettre Ă nu» dans son recueil Les Fleurs du Mal. Quâen pensez-vous? Guillaume Apollinaire, Alcools. Sujet La poĂ©sie de Guillaume Apollinaire sâinvente-t-elle en rejetant le passĂ©? SUJETS DU BAC DE FRANĂAIS GĂNĂRAL 2021 DU LIBAN Attention comme lâa annoncĂ© le ministĂšre il y a quelques mois, les Ă©preuves sont amĂ©nagĂ©es. Les candidats ont donc eu le choix entre deux sujets. Ainsi, les trois objets dâĂ©tude sur lesquels les candidats ont Ă©tĂ© interrogĂ© sont Le théùtre du XVIIe siĂšcle au XXIe siĂšcle, La poĂ©sie du XIXe siĂšcle au XXIe siĂšcle ainsi que La littĂ©rature dâidĂ©es du XVIe siĂšcle au XVIIIe siĂšcle. A. LES SUJETS DE COMMENTAIRE Le théùtre du XVIIe siĂšcle au XXIe siĂšcleAlexandre Dumas, Antony, drame en cinq actes, Acte I, scĂšne 2, AdĂšle !⊠calme-toi⊠Tu es toute tremblante !⊠Et de qui est donc cette lettre ? [âŠ] » jusquâĂ Ce matin !⊠il est onze heures⊠il va venir⊠»La poĂ©sie du XIXe siĂšcle au XXIe siĂšcleJulien Gracq, Le vent froid de la nuit », LibertĂ© grande, Je lâattendais le soir dans le pavillon de chasse, prĂšs de la RiviĂšre Morte. [âŠ] » jusquâĂ mais soudain elle Ă©tait lĂ , assise toute droite dans ses longues Ă©toffes blanches. » B. LES SUJETS DE DISSERTATION AU LIBAN Sujets portant sur La poĂ©sie du XIXe siĂšcle au XXIe siĂšcle Ćuvre Victor Hugo, Les Contemplations, livres I Ă IVParcours Les MĂ©moires dâune ĂąmeSujet Dans lâun de ses poĂšmes, Victor Hugo prĂ©sente le poĂšte comme le souffrant du mal Ă©ternel ». Pensez-vous que la poĂ©sie de Victor Hugo, dans les quatre premiers livres des Contemplations, ne soit quâune poĂ©sie de la souffrance ?Ćuvre Charles Baudelaire, Les Fleurs du MalParcours Alchimie poĂ©tique la boue et lâorSujet Baudelaire dĂ©dicace Les Fleurs du Mal Ă ThĂ©ophile Gautier, en qui il voit un parfait magicien ». En quoi peut-on dire que son recueil poĂ©tique procĂšde lui aussi dâune parfaite magie ?Ćuvre Guillaume Apollinaire, AlcoolsParcours ModernitĂ© poĂ©tique ?Sujet Apollinaire Ă©crit en 1908 que dans lâart, et notamment dans la poĂ©sie, chaque Ćuvre devient un univers nouveau avec ses lois particuliĂšres ». Dans quelle mesure cette rĂ©flexion Ă©claire-t-elle votre lecture dâAlcools ? Sujets portant sur La littĂ©rature dâidĂ©es du XVIe siĂšcle au XVIIIe siĂšcle Ćuvre Montaigne, Essais, Des Cannibales », I, 31 ; Des Coches », III, 6Parcours Notre monde vient dâen trouver un autreSujet Dans quelle mesure peut-on dire que les chapitres Des Cannibales » et Des Coches » proposent une vĂ©ritable expĂ©rience de lâĂ©trangetĂ© ?Ćuvre Jean de La Fontaine, Fables Livres VII Ă XIParcours Imagination et pensĂ©e au XVIIe siĂšcleSujet Dans quelle mesure faut-il prendre les Fables de La Fontaine au sĂ©rieux ?Ćuvre Montesquieu, Lettres persanesParcours Le regard Ă©loignĂ©Sujet En quoi le roman des Lettres persanes de Montesquieu repose-t-il sur la surprise ? SUJETS PROPOSES POUR LE BAC DE FRANĂAIS TECHNOLOGIQUE AU LIBAN Ăpreuve de français en voie technologique au Liban Les objets dâĂ©tudes proposĂ©s pour les candidats au baccalaurĂ©at technologique sont Le roman et le rĂ©cit du Moyen Ăge au XXIe siĂšcle, La littĂ©rature dâidĂ©es du XVIe siĂšcle au XVIIIe siĂšcle et La poĂ©sie du XIXe siĂšcle au XXIe siĂšcle sont prĂ©sents dans lâĂ©preuve. LES SUJETS DE COMMENTAIRE DE TEXTE Le roman et le rĂ©cit du Moyen Ăge au XXIe siĂšcleĂmile Zola, La Fortune des Rougon, chapitre V, Un matin, de fort bonne heure, SilvĂšre, en venant tirer la provision dâeau de tante Dide [âŠ] » jusquâĂ en Ă©coutant les pas de Miette, qui sâĂ©loignait, de lâautre cĂŽtĂ© de la muraille. »La poĂ©sie du XIXe siĂšcle au XXIe siĂšcle voir sujet bisAnne Perrier, Cantique du Printemps », PoĂ©sie, Ce matin la rose [âŠ] » jusquâĂ Ă la ronde son pied » LES CONTRACTIONS DE TEXTE AU BAC DE FRANĂAIS TECHNOLOGIQUE Dâabord, les Ă©noncĂ©s en rapport avec La littĂ©rature dâidĂ©es du XVIe siĂšcle au XVIIIe siĂšcle Ćuvre Montaigne, Essais, Des Cannibales », I, Notre monde vient dâen trouver un autreTexte Claude LĂ©vi-Strauss, LâAnthropologie face aux problĂšmes du monde moderne, Rencontrer lâautre, est-ce forcĂ©ment se comparer Ă lui ?Ćuvre Jean de La Fontaine, Fableslivres VII Ă IXParcours Imagination et pensĂ©e au XVIIe siĂšcleTexte Marie-Claude Hubert, Le chien dans la littĂ©rature de jeunesse », Carnets, DeuxiĂšme sĂ©rie â 18, Pourquoi les Ćuvres dâimagination ont-elles selon vous autant recours aux animaux personnifiĂ©s ? Quel intĂ©rĂȘt un auteur et ses lecteurs peuvent-ils trouver Ă cette reprĂ©sentation ?Ćuvre Voltaire, LâIngĂ©nuParcours Voltaire, esprit des LumiĂšresTexte Roger-Pol Droit, Une idĂ©e faible ou forte », dans JusquâoĂč tolĂ©rer ?, actes du forum organisĂ© par le journal Le Monde, Ă propos de la tolĂ©rance, Roger-Pol Droit Ă©crit la tolĂ©rance suppose le dĂ©saccord ». Dans quelle mesure le fait de nous confronter Ă des opinions et des avis diffĂ©rents des nĂŽtres nous rend-il plus tolĂ©rants ? Puis ceux sur lâobjet dâĂ©tude La littĂ©rature dâidĂ©es du XVIe siĂšcle au XVIIe siĂšcle Ćuvre Montaigne, Les Essais, Des Cannibales », I, Notre monde vient dâen trouver un autreTexte Paul Rasse, La diversitĂ© des cultures en question », HermĂšs, n°51, 2008. Essai Dans quelles conditions la rencontre avec lâAutre devient-elle enrichissante ? voir sujet bisĆuvre Jean de La Fontaine, Fables livres VII Ă IX.Parcours Imagination et pensĂ©e au XVIIe siĂšcleTexte Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fĂ©es, Les fables, comme les contes de fĂ©es, vous paraissent-elles sâadresser exclusivement aux enfants ? voir sujet bisĆuvre Voltaire, LâIngĂ©nuParcours Voltaire, esprit des LumiĂšresTexte AndrĂ© Comte-Sponville, Conscience », Psychologies Magazine, mai En quoi selon vous lâexercice de notre raison et de notre pensĂ©e est-il plus que jamais un travail, une exigence, une conquĂȘte » ? SUJETS DU BAC DE FRANĂAIS GĂNĂRAL 2021 DONNES EN AMERIQUE DU NORD Attention en AmĂ©rique du Nord, les amĂ©nagements proposĂ©s au Liban et en France nâont pas Ă©tĂ© proposĂ©s. Le sujet se compose donc dâun commentaire et de trois Ă©noncĂ©s de dissertation, en fonction de lâoeuvre Ă©tudiĂ©e en classe. Rappelons Ă©galement quâil nây a pas de sujet pour la voie technologique qui nâest pas prĂ©parĂ©e Ă Washington. A. LE SUJET DE COMMENTAIRE Objet dâĂ©tude la poĂ©sie du XIXe siĂšcle au XXIe siĂšcle. Texte du commentaire Louis Aragon, Le CrĂšve-coeur, 1946, Les lilas et les roses ». B. LES SUJETS DE DISSERTATION Objet dâĂ©tude retenu pour la dissertation Le roman et le rĂ©cit du Moyen-Age au XXIe siĂšcle. Madame de Lafayette, La Princesse de ClĂšves â Parcours Individu, morale et sociĂ©tĂ©. Dans le roman de Madame de Lafayette, est-ce la raison qui guide la princesse ?Stendhal, Le Rouge et le Noir â Parcours Le personnage de roman, esthĂ©tiques et valeurs. Moi, jâai la noblesse du coeur », affirme Julien lors de son procĂšs. Cette formule vous paraĂźt-elle adaptĂ©e pour caractĂ©riser ce personnage ?Marguerite Yourcenar, MĂ©moires dâHadrien â Parcours Soi-mĂȘme comme un autre. Jâemploie ce que jâai dâintelligence Ă voir de loin et de plus haut ma vie, qui devient alors la vie dâun autre ». Votre lecture des MĂ©moires dâHadrien confirme-t-elle cette dĂ©claration du personnage ? Sujet bac français 2021 Nous espĂ©rons que les sujets donnĂ©s dans les centres dâexamen Ă lâĂ©tranger pourront tâaider Ă terminer sereinement tes rĂ©visions. BON COURAGE! Certaines fiches mĂ©thodologiques peuvent tâaider dans ton travail, nous tâen proposons quelques-unes ci-aprĂšs âDissertation mĂ©thode âMĂ©thodes complĂštes -Contraction de texte âSe prĂ©senter au bac en candidat libre âMĂ©thode du corpus PremiĂšregĂ©nĂ©rale Français La Fontaine, Fables â Imagination et pensĂ©e au XVIIe siĂšcle (bac 2021) Ă©noncĂ© clĂ©s du sujet CorrigĂ© 4 heures 20 points IntĂ©rĂȘt du sujet âą Au moyen d'un Ce document propose une problĂ©matisation sur le parcours "Imagination et pensĂ©e au XVIIĂšme siĂšcle" en lien avec l'Ă©tude des livres VII Ă XI des Fables de La Fontaine. L'objet d'Ă©tude "la littĂ©rature dâidĂ©es du XVIĂšme au XVIIIĂšme siĂšcle" invite Ă mettre en Ă©vidence les liens qui se nouent entre les idĂ©es, les formes et le contexte culturel, idĂ©ologique et social dans lequel elles naissent. Lâassociation des notions de pensĂ©e » et dâ imagination » est au cĆur de la rĂ©flexion gĂ©nĂ©rique Ă propos des fables et ce pour deux raisons Primo, la conjonction des deux termes constitue ce que La Fontaine dĂ©signe, dans la prĂ©face de 1668, sous le nom dâapologue, câest-Ă -dire, un court rĂ©cit dâimagination duquel se dĂ©gage une pensĂ©e ou une vĂ©ritĂ© morale ou philosophique. En effet, la spĂ©cificitĂ© de la fable rĂ©side dans une construction spĂ©cifique Ă lâintĂ©rieur de laquelle la pensĂ©e, - la moralitĂ© - entendue comme la facultĂ© de connaĂźtre, de raisonner, et de juger, passe par lâimagination â le rĂ©cit - dans le sens de crĂ©ation dâimages mentales, sur le modĂšle de lâallĂ©gorie. Secundo, dans la deuxiĂšme MĂ©ditation, Descartes donne de la facultĂ© de penser un sens large chez lui, la pensĂ©e se confond avec la conscience et avec lâĂąme dont la nature, comme res cogitans, nâest que de penser câest aussi bien douter, comprendre, vouloir, porter des jugements que sentir ou imaginer câest-Ă -dire produire des reprĂ©sentations. Fondamentalement, la pensĂ©e est, avec le langage, ce qui distingue le plus fondamentalement les hommes des animaux. Or, dans les fables animaliĂšres, la signification morale se fonde sur un principe de transposition du monde humain dans lâunivers des espĂšces animales qui nâa de sens que par lâidĂ©e quâil existe des points communs observables entre hommes et animaux cf. physiognomonie comparĂ©e. DĂ©nier aux animaux toute forme de pensĂ©e, câest rendre caduque la pertinence mĂȘme de la fable. RetourHautMise Ă jour 15 fĂ©vrier 2022Imagination et pensĂ©e au xviie siĂšcle littĂ©rature dâidĂ©es 12 fra1_1900_00_34C Sujet dâĂ©crit âą Dissertation RĂ©cit et moralitĂ© dans les Fables de La Fontaine Les clĂ©s du sujet Analyser le sujet Formuler la problĂ©matique La fable est-elle un genre fondamentalement narratif quâaccessoirement on considĂ©rerait comme un genre moral ? Construire le plan CorrigĂ© GuidĂ© Introduction [Accroche] Lâargumentation nâapparaĂźt pas toujours dâune maniĂšre explicite dans un texte ; elle peut passer par un biais qui lui est apparemment Ă©tranger. Câest sur ce modĂšle dâargumentation indirecte que fonctionne la fable constituĂ©e en majeure partie dâun rĂ©cit, elle ne relĂšve pas moins de la littĂ©rature dâidĂ©es, ce dont tĂ©moigne, le plus souvent, la prĂ©sence dâune morale. [Citation] La Fontaine le notait dans la prĂ©face de ses Fables lâapologue est composĂ© de deux parties dont on peut appeler lâune le corps, lâautre lâĂąme ». Et il prĂ©cisait Ce corps est la fable ; lâĂąme, la moralitĂ© ». [Explicitation du sujet] Pour La Fontaine, lâapologue aurait, Ă lâimage de lâhomme, une nature double, partagĂ©e entre son corps â le rĂ©cit â et son Ăąme â la morale. Lâun ne pouvant aller sans lâautre, cela tendrait Ă prouver lâĂ©galitĂ© absolue de deux parties. Pourtant, lâimportance croissante accordĂ©e au rĂ©cit Ă partir du septiĂšme recueil des Fables pourrait donner Ă penser que La Fontaine affirme sa prééminence sur la moralitĂ©. On pourrait dĂšs lors se demander Ă qui, du rĂ©cit ou de la moralitĂ©, les fables donnent la primautĂ©. Autrement dit, câest la question de la particularitĂ© gĂ©nĂ©rique de la fable qui se trouve posĂ©e est-elle un genre narratif ou argumentatif ? [Annonce du plan] Nous examinerons dâabord la prééminence du rĂ©cit [I] puis montrerons la primautĂ© de la morale [II] pour enfin nous demander si la sĂ©paration de ces deux entitĂ©s est mĂȘme possible [III]. I. La prééminence du rĂ©cit sur la morale m Le secret de fabrication La premiĂšre partie sâattache Ă montrer la prĂ©dominance du rĂ©cit dans la fable. Il faut donc rĂ©pertorier des arguments qui le prouvent quelle place occupe le rĂ©cit et quel rĂŽle joue-t-il ? 1. La part dĂ©volue au rĂ©cit Si le rĂ©cit semble le plus important, câest dâabord parce quâil occupe la plus grande place. Il sâimpose comme la partie la plus longue de la fable plusieurs dizaines de phrases contre Ă peine quelques-unes pour la leçon. Câest le cas, par exemple, dans Les Animaux malades de la peste » VII, 1 la morale Selon que vous serez puissant ou misĂ©rable, / Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » clĂŽt de maniĂšre lapidaire et synthĂ©tique un rĂ©cit de plus de cinquante vers. Cela influence le statut mĂȘme du texte les enfants lisent avant tout les Fables comme un texte narratif et lâabordent en gĂ©nĂ©ral comme un conte. Câest, au reste, le reproche que Rousseau fait Ă La Fontaine dans LâĂmile pour lui, les jeunes esprits sont portĂ©s Ă sâidentifier au personnage le plus fort qui nâest souvent pas lâĂȘtre le plus moral mis en scĂšne dans le rĂ©cit. 2. Des fables sans morale La primautĂ© du rĂ©cit semble confirmĂ©e par lâexamen des fables sans moralitĂ© explicite, qui nâen sont pas moins considĂ©rĂ©es comme des apologues. DĂšs lors, la morale semble superflue et on peut la supprimer sans opĂ©rer un changement de catĂ©gorie littĂ©raire. Pourtant, lâopĂ©ration inverse paraĂźt impossible cela provoquerait une mutation gĂ©nĂ©rique du texte qui, de fables, deviendrait maximes. LâexpĂ©rience peut ĂȘtre tentĂ©e avec le recueil de La Fontaine ; en ne gardant que les morales exprimĂ©es, on obtiendrait un recueil de sentences gĂ©nĂ©rales proches formellement des Maximes dâun La Rochefoucauld. conseil Pour assurer la transition dâune partie Ă lâautre et amorcer la rĂ©flexion Ă suivre sans dĂ©voiler son contenu, on peut recourir Ă la modalitĂ© interrogative, qui soutient lâintĂ©rĂȘt et dynamise la dĂ©monstration. [Transition] Ainsi, certains arguments semblent prouver la primautĂ© du rĂ©cit sur la morale dans la fable il occupe un volume plus important dans le texte. De plus, la fable apparaĂźt rĂ©guliĂšrement sans morale alors que, sans rĂ©cit, elle devient simple maxime et perd son statut dâapologue. Mais alors pourquoi, si seul le rĂ©cit compte dans la fable, cette derniĂšre ne se confond-elle pas avec les genres narratifs ? Pourquoi occupe-t-elle une place spĂ©cifique dans la nomenclature des genres ? Câest peut-ĂȘtre que la morale est moins nĂ©gligeable quâil y semblait. II. La primautĂ© de la rĂ©flexion sur le rĂ©cit m Le secret de fabrication La deuxiĂšme partie va chercher des arguments en faveur de la primautĂ© de la rĂ©flexion. Il faut donc réévaluer la part de la rĂ©flexion dans la fable cette derniĂšre ne se dĂ©finit-elle pas dâabord comme un genre didactique ? 1. La moralitĂ© comme finalitĂ© de la fable Si le rĂ©cit constitue la plus large partie de la fable, sa leçon nâen est pas moins importante. On peut en effet considĂ©rer que le rĂ©cit nâest que le moyen de lâapologue, alors que la morale en est la fin. La rĂ©flexion constitue donc le but vers lequel tend le rĂ©cit. Câest ce qui apparaĂźt si lâon observe la place quâoccupe traditionnellement la moralitĂ© dans la fable, le plus souvent situĂ©e Ă un endroit stratĂ©gique soit lâouverture Le Rat et lâĂlĂ©phant », VIII, 15 ou Le Gland et la Citrouille », IX, 4, soit la clĂŽture Le Rat et lâHuĂźtre » ou Le Berger et son Troupeau », IX, 19. Lui rĂ©server une telle place dâhonneur, câest donc bien le signe de lâimportance capitale qui lui est accordĂ©e. 2. La fable comme genre didactique Si le rĂ©cit peut prendre en charge la dimension argumentative de la fable, seule la morale, explicite ou implicite, peut rĂ©vĂ©ler son rĂŽle didactique. Or La Fontaine prĂ©cise, dans la prĂ©face des Fables, que par les raisonnements et consĂ©quences que lâon peut tirer de ces fables, on se forme le jugement et les mĆurs, on se rend capable de grandes choses ». Le but premier de lâapologue est donc bien lâenseignement que le lecteur peut en tirer. Lâapologue se distingue par sa dimension didactique et morale, que lui confĂšre la moralitĂ©. [Transition] Si certains arguments semblaient prouver la prééminence du rĂ©cit, dâautres au contraire montrent celle de la moralitĂ© elle paraĂźt, par sa place mĂȘme dans la fable, constituer le but ultime du rĂ©cit ; la leçon finale est la seule Ă pouvoir prendre en charge la dimension didactique de lâapologue alors que le rĂ©cit assurait sa fonction argumentative. Comment, dĂšs lors, dĂ©passer cette apparente contradiction dans la dĂ©finition gĂ©nĂ©rique de la fable ? Ă moins que ce ne soit prĂ©cisĂ©ment cette dualitĂ© qui fasse la spĂ©cificitĂ© du genre ? III. Le double statut gĂ©nĂ©rique de la fable m Le secret de fabrication Cette partie cherche Ă dĂ©passer lâopposition des deux premiĂšres. Conclure Ă la primautĂ© du rĂ©cit ou de la moralitĂ©, câest mĂ©connaĂźtre le genre mĂȘme de la fable, qui repose prĂ©cisĂ©ment sur lâarticulation entre les deux. 1. Lâarticulation argumentative RĂ©cit et rĂ©flexion sont complĂ©mentaires dans lâapologue, dâabord parce que si la leçon est la thĂšse du texte, le rĂ©cit en est Ă la fois lâexemple et lâargument. Par exemple, dans Le Pouvoir des fables » VIII, 4, La Fontaine exprime la nĂ©cessitĂ© de divertir les hommes par des contes plaisants. Cette thĂšse est exprimĂ©e par la moralitĂ© finale, affirmant quâil faut amuser encor [le monde] comme un enfant », câest-Ă -dire satisfaire la part dâenfance prĂ©sente en chaque lecteur. Et elle est illustrĂ©e par le rĂ©cit qui prĂ©cĂšde, oĂč lâon voit le peuple athĂ©nien plus captivĂ© par lâapologue de lâorateur que par sa harangue sur la patrie en danger. Le rĂ©cit est donc bien Ă la fois lâillustration et lâargument de la thĂšse de la fable. Ce qui importe alors, ce nâest pas le rĂ©cit ou la moralitĂ©, mais la façon dont sâarticulent lâun et lâautre. 2. Lâarticulation rhĂ©torique Toutefois, cette articulation nâest pas seulement argumentative, elle est aussi rhĂ©torique. En effet, lâapologue, conformĂ©ment Ă la doctrine hĂ©ritĂ©e dâHorace et reprise explicitement par La Fontaine dans Le PĂątre et le Lion » VI, 1, se doit dâ instruire et de plaire » docere et placere ; ce qui fonde la particularitĂ© du genre apologĂ©tique, câest justement cette double ambition qui le distingue des autres genres de la littĂ©rature dâidĂ©es. Cependant, on nâinstruit pas toujours un lecteur avec les armes quâon utilise pour lui plaire la dualitĂ© rhĂ©torique de la fable rencontre alors sa dualitĂ© gĂ©nĂ©rique. GĂ©nĂ©ralement, la morale, explicite ou implicite, instruit et fait rĂ©flĂ©chir, tandis que le rĂ©cit sĂ©duit le lecteur. Abandonner lâune ou lâautre de ces deux dimensions, câest donc oublier ce qui fait lâoriginalitĂ© du genre la fable instruit en plaisant et plaĂźt en instruisant ; plus encore, câest parce que le rĂ©cit flatte lâimagination quâil pousse Ă la rĂ©flexion, et câest parce quâil donne Ă penser quâil plaĂźt. Conclusion [SynthĂšse] Il nây a donc pas de primautĂ© dâun rĂ©cit, souvent dĂ©veloppĂ©, au dĂ©triment dâune morale esquissĂ©e, voire parfois implicite. Si des arguments jouent tantĂŽt en faveur de lâune ou de lâautre des composantes de la fable câest bien quâil faut garder Ă lâesprit la dualitĂ© fondatrice du genre. conseil Lâouverture peut ĂȘtre lâoccasion dâĂ©largir la perspective, en rappelant par exemple que les fables relĂšvent aussi du genre lyrique. [Ouverture] Ni simple rĂ©cit, ni pure morale, la fable est Ă lâimage de lâhomme, corps et Ăąme », Ă quoi La Fontaine ajoute encore une en proposant des apologues versifiĂ©s.
Dans le pouvoir des fables, la Fontaine sâadresse Ă un haut personnage de lâEtat, M de Barillon, alors ambassadeur de France en Angleterre.Le contexte historique est tendu car le royaume de France vit sous la menace dâune nouvelle guerre contre la Hollande . En se servant dâune fiction et d âune mise en abime: un orateur grec Ă AthĂšnes , qui invente
Cette question reprend l'une de celles prĂ©sentes dans le sujet de l'Ă©preuve anticipĂ©e de français du baccalaurĂ©at 2021 des STMG, associĂ©e Ă la section B, parcours Imagination et pensĂ©e au XVIIĂšme siĂšcle ». Le sujet Le texte B - Jean de La Fontaine, Fables, livres VII Ă IX. - Parcours Imagination et pensĂ©e au XVIIĂšme siĂšcle. Texte dâaprĂšs Janick Auberger Entre lâĂ©crit et lâimage, lâanimal de fiction, un homme travesti ? », Contre-Jour, n° 13, automne 2007. L'animal fictif, le hĂ©ros des fables, des contes et des recueils d'illustrations peut prendre divers aspects par le zoomorphisme, un homme peut avoir des traits animaux, il peut ĂȘtre possĂ©dĂ© par l'animal, rĂ©agir comme l'animal ; et par l'anthropomorphisme, un animal peut ĂȘtre humanisĂ©, parler comme l'homme. Ce dernier cas de figure est connu depuis l'AntiquitĂ© et ne choque pas. Le zoomorphisme, lui, est beaucoup plus troublant. L'homme occidental accepte mal d'avoir de l'animal en lui, tant la religion que la philosophie ont largement concouru Ă lui interdire cette dĂ©chĂ©ance ». Voyons l'un et l'autre, l'homme animalisĂ© puis l'animal humanisĂ©. Quand l'homme est complĂštement animalisĂ©, il a pu ĂȘtre, dans la tradition, le rĂ©sultat d'une mĂ©tamorphose, le plus souvent punitive Les MĂ©tamorphoses d'Ovide, ou celles de la mythologie grecque, voient souvent un ĂȘtre humain animalisĂ© par une divinitĂ© jalouse le chasseur ActĂ©on transformĂ© en cerf par ArtĂ©mis, ou ArachnĂ© devenue araignĂ©eâŠ. Ăvidemment, les auteurs jouent avec la mĂ©taphore ce ne sont pas de vrais animaux, l'histoire naturelle et la rĂ©alitĂ© de l'animal n'y gagnent rien, mais les tendances de l'individu s'y voient travesties efficacement, permettant Ă l'homme de mieux se connaĂźtre... Dans les contes pour enfants, la transformation est gĂ©nĂ©ralement achevĂ©e quand l'histoire commence, c'est le hĂ©ros qui, depuis le dĂ©but, est animalisĂ©. Mais la mĂ©tamorphose n'est heureusement pas dĂ©finitive le hĂ©ros reprendra gĂ©nĂ©ralement sa morphologie humaine lorsqu'il aura triomphĂ© de son apparence et aura gagnĂ© l'amour de son ou sa partenaire, comme La Belle et la BĂȘte de Mme Leprince de Beaumont 1756. Mais ce passage de l'homme Ă l'animal n'est pas le plus facile Ă reprĂ©senter. Il est plus difficile Ă accepter en tout cas que l'inverse, l'animal anthropomorphisĂ©. Presque toujours, la mĂ©tamorphose de l'homme devenu animal est une rĂ©gression, une chute. Il est rare que le monde animal soit idĂ©alisĂ©. Les poĂštes se reconnaissent parfois en lui Baudelaire dans LâAlbatros » ou dans Le Chat ». Mais ce jugement est peu frĂ©quent et il est ambigu la femme-chatte de Baudelaire est dangereuse et volontiers fourbe, et l'Albatros est un prince incompris et dĂ©chu, un perdant. Plus sĂ»rement, quand l'homme suit ses seules passions, il s'animalise. L'anthropomorphisme est plus inoffensif que le zoomorphisme. Les animaux pensent, parlent comme des ĂȘtres humains, et tout leur comportement est un comportement humain. En fait, il semble bien que l'animal parle de l'homme et non de lui-mĂȘme ; il n'est plus qu'un prĂȘte-nom, un prĂ©texte Ă connaĂźtre l'humain. Les fables et les contes ont usĂ© et abusĂ© de ces animaux-prĂ©textes, cachant sous la fiction une morale bien lisible. L'essentiel pour l'Ă©crivain ou le fabuliste est de renvoyer au monde familier pour Ă©clairer une pensĂ©e abstraite. Il est vrai que ces fictions se sont adressĂ©es d'abord aux adultes et continueront longtemps Ă le faire les fabliaux du Moyen Ăge en sont un bon exemple, le Roman de Renart Ă©galement. Goupil, Ysengrin, Brun et les autres sont de merveilleux personnages dont les aventures peuvent faire rire un enfant, mais ils servent aussi Ă critiquer les mĆurs et la sociĂ©tĂ© des hommes. Les Fables de La Fontaine, inspirĂ©es d'Ăsope et de PhĂšdre, avant d'ĂȘtre rĂ©cupĂ©rĂ©es dans des Ă©ditions pour la jeunesse, Ă©taient aussi une façon de critiquer le siĂšcle de Louis XIV. Dans ces cas-lĂ , il est clair que les animaux ne sont que prĂ©textes, ils agissent comme des humains, mais avec plus de libertĂ© d'action encore, puisque leur animalitĂ© leur permet de dĂ©passer certaines limites que l'humain ne saurait franchir. Le procĂ©dĂ© qui consiste Ă passer par l'animal pour viser l'homme est un procĂ©dĂ© de style qui apporte dĂ©calage et distanciation, lĂ©gĂšretĂ© et humour Ă une analyse qui, autrement, serait peut-ĂȘtre plus austĂšre une fable de La Fontaine paraĂźt plus lĂ©gĂšre qu'un caractĂšre de La BruyĂšre, et l'animal y est pour beaucoup, mĂȘme si la morale est la mĂȘme. L'Ă©crivain, le conteur, le dessinateur, le cinĂ©aste ont la libertĂ© absolue de faire de l'animal absolument ce qu'ils veulent, Ă des fins ludiques, dĂ©monstratives ou esthĂ©tiques. L'animal est matĂ©riau pur de leur crĂ©ation, et au moins ils ne se cachent pas pour en jouer. Pour notre plus grand plaisir... Mais force est de constater que cela 55 ne semble pas avoir changĂ© le regard posĂ© sur les rapports entre les hommes et les animaux. EugĂšne Delacroix, Lion et Serpent, 1846 La question de l'essai Parler de lâanimal, est-ce forcĂ©ment parler de lâHomme ? Vous dĂ©velopperez de maniĂšre organisĂ©e votre rĂ©ponse Ă cette question en prenant appui sur les Fables de La Fontaine, sur le texte de lâexercice de la contraction et sur ceux que vous avez Ă©tudiĂ©s dans le cadre de lâobjet dâĂ©tude La littĂ©rature dâidĂ©es du XVIĂšme au XVIIIĂšme siĂšcle ». Vous pourrez aussi faire appel Ă vos lectures et Ă votre culture personnelle. Les meilleurs professeurs de Français disponibles4,9 70 avis 1er cours offert !5 85 avis 1er cours offert !4,9 117 avis 1er cours offert !5 39 avis 1er cours offert !4,9 56 avis 1er cours offert !5 38 avis 1er cours offert !5 38 avis 1er cours offert !4,9 17 avis 1er cours offert !4,9 70 avis 1er cours offert !5 85 avis 1er cours offert !4,9 117 avis 1er cours offert !5 39 avis 1er cours offert !4,9 56 avis 1er cours offert !5 38 avis 1er cours offert !5 38 avis 1er cours offert !4,9 17 avis 1er cours offert !C'est partiMĂ©thodologie de l'essai Trouver des idĂ©es Examiner les termes du sujet Un sujet vous invite toujours Ă dĂ©velopper un point de vue nuancĂ© sur la question posĂ©e. La premiĂšre chose Ă faire est donc de dĂ©celer quelle thĂšse se cache derriĂšre la question du sujet. Peser le pour et le contre Dans un essai, il s'agit donc de dĂ©fendre une thĂšse tout en la nuançant. Vous devrez donc trouver au moins deux arguments en faveur de la thĂšse que vous avez mise en Ă©vidence, et deux arguments au moins qui la nuancent. Vous aurez toujours Ă votre disposition une Ćuvre Ă©tudiĂ©e en classe un texte issu du sujet de la contraction votre cours, qui s'est concentrĂ© sur des parcours thĂ©matiques dont proviennent vos sujets votre culture personnel Organiser ses idĂ©es Les idĂ©es, dans un essai, doivent ĂȘtre organisĂ©es selon leur cohĂ©rence. Les arguments pour » se suivent et les arguments contre » se suivent. Les deux blocs » sont sĂ©parĂ©s par une phrase de transition. Surtout, chaque argument est suivi d'un ou de plusieurs exemples, lĂ encore tirĂ©s des textes prĂ©sents dans le sujet ou bien issus de votre culture gĂ©nĂ©ral. Vous pouvez toujours vous aider d'un tableau, qui contribue gĂ©nĂ©ralement Ă Ă©claircir les choses. RĂ©diger ses idĂ©es Introduction et conclusion au brouillon Il faut, dans le meilleur des cas, seulement rĂ©diger entiĂšrement l'introduction et la conclusion sur votre brouillon. Introduction Votre introduction doit comporter une phrase d'amorce, comme l'introduction du thĂšme de l'essai ou un lien fait avec le texte de la contraction une reformulation du sujet l'annonce des grands axes de votre rĂ©ponse Conclusion Dans la conclusion, vous rĂ©sumez de maniĂšre claire et synthĂ©tique pour rĂ©pondre Ă la question posĂ©e par le sujet. Le dĂ©veloppement Votre dĂ©veloppement s'appuie sur le plan que vous avez Ă©tabli au brouillon, soit grosso modo les lignes de votre tableau. Chaque paragraphe de votre dĂ©veloppement correspond Ă un argument, illustrĂ© par un ou plusieurs exemples. Dans le meilleur des cas, entre chaque paragraphe se trouve une phrase de transition, qui conclut le paragraphe ou ouvre l'autre. Relecture Dans le meilleur des cas, vous vous ĂȘtes rĂ©servĂ© dix minutes pour vous relire. Ce sont de prĂ©cieuses minutes, puisqu'elles vous Ă©viteront des fautes d'inattention qui peuvent vous pĂ©naliser dans la note finale ! RĂ©daction du sujet de l'essai Nous donnons ici une rĂ©daction aussi exhaustive que possible. Mais d'autres plans, d'autres arguments, d'autres exemples sont possibles et, surtout, vous n'aurez jamais Ă Ă©crire autant. Vous n'avez que deux heures environ pour cette Ă©preuve ! Introduction La reprĂ©sentation de l'animal dans la littĂ©rature existe depuis l'AntiquitĂ©. Les fables d'Ăsope, dĂ©jĂ , mettaient en scĂšne des animaux aux traits humains c'Ă©taient les dĂ©buts de l'anthropomorphisme. Mais il souhaitait moins figurer la faune que l'humanitĂ© elle-mĂȘme. L'Ă©crivain, portĂ© par son dĂ©sir de la mĂ©taphore et ses tendances Ă la moralisation, semble ainsi ne jamais pouvoir parler d'autre chose que de l'Homme, Ă©tant lui-mĂȘme un Homme. Illustration de Grandville Annonce de la problĂ©matique DĂšs lors, la reprĂ©sentation des animaux en littĂ©rature a-t-elle toujours vocation Ă dire quelque chose de l'Homme ? Annonce du plan Nous verrons dans un premier temps que, trĂšs souvent, parler de l'animal revient effectivement Ă parler de l'Homme. Mais quelques Ă©crivains se sont nĂ©anmoins attachĂ©s Ă considĂ©rer le monde animal dans sa singularitĂ©, pour le mettre seul au centre de ses prĂ©occupations. DĂ©veloppement L'animal comme l'Homme Il semble Ă©vident que nombre de reprĂ©sentations animales ont en fait vocation Ă dire quelque chose de l'Homme. L'anthropomorphisme a cette visĂ©e-lĂ , dĂšs son origine. C'est que le recours Ă la figure animale permet d'apporter un nouveau regard sur la sociĂ©tĂ© des Hommes. L'anthropomorphisme Il existe, depuis l'AntiquitĂ©, tout un bestiaire traditionnel. Les mythes eux-mĂȘmes, dont dĂ©coulent les rites et les croyances, ne savent s'inspirer que du monde animal pour dire quelque chose de l'Homme. En retour, ce sont ces croyances qui ont offert Ă La Fontaine ses sujets de fables. Il ne s'est pas intĂ©ressĂ©e Ă la rĂ©alitĂ© naturaliste pour Ă©laborer ses histoires qui a dĂ©jĂ vu un corbeau manger un fromage ? Il cherche plutĂŽt Ă reprĂ©senter les Hommes Ă travers les traits imaginaires des animaux. Comme il l'affirme au Dauphin, le fils du Roi Ă qui sont dĂ©dicacĂ©es ses Fables Je me sers d'animaux pour instruire les hommes. » C'est la raison pour laquelle les animaux de La Fontaine parlent ce sont, avant toute chose, des Hommes. L'animal n'est pas dĂ©crit pour lui-mĂȘme, mais pour le type humain qu'il incarne. Dans Les animaux malades de la peste », jamais l'observation animale n'a mis en Ă©vidence la cohabitation grĂ©gaire d'animaux de toutes sortes, qui se rĂ©uniraient pour dĂ©signer un coupable Ă une Ă©pidĂ©mie dont ils seraient conscients. C'est ici la nature injuste de l'Homme, et non de l'animal, que La Fontaine veut prĂ©senter. Transition Il est ainsi plus simple de prĂ©senter Ă l'Homme ses travers sous les traits d'un animal. Nouveau regard sur la sociĂ©tĂ© des Hommes Dans Les CaractĂšres 1688, le poĂšte La BruyĂšre convoque des animaux pour les comparer aux humains. Il utilise sa comparaison de maniĂšre didactique, notamment pour faire comprendre Ă son lecteur la folie absurde de la guerre ⊠si lâon vous disait que tous les chats dâun grand pays se sont assemblĂ©s par milliers dans une plaine, et quâaprĂšs avoir miaulĂ© tout leur soĂ»l, ils se sont jetĂ©s avec fureur les uns sur les autres [âŠ]. Et si les uns et les autres vous disaient quâils aiment la gloire [âŠ] ne ririez-vous pas de tout votre cĆur de ces pauvres bĂȘtes ? » Les Fables de La Fontaine, dessins originaux de Grandville 1837-1838 Passer par le bestiaire permet plus de diplomatie, et une meilleure visualisation des choses. En effet, par dĂ©finition, faire de l'animal un homme, c'est imager les choses, et c'est moins violent que d'accuser directement son lectorat. Cela est d'autant plus vrai pour les enfants, ce qui explique pourquoi les fables de La Fontaine ont finalement Ă©tĂ© reprises pour la littĂ©rature jeunesse, alors qu'elles se destinaient Ă la cour en son temps. Du reste, l'Ă©poque contemporaine s'est emparĂ© du procĂ©dĂ©. Ainsi, dans RhinocĂ©ros 1959, le dramaturge EugĂšne Ionesco reprĂ©sente un village dans lequel les habitants se mĂ©tamorphosent tous en rhinocĂ©ros. Il veut alerter par lĂ sur la propagation hideuse et scandaleuse du fascisme, qui reprĂ©sente une dynamique incomprĂ©hensible et pourtant parfaitement humaine. Transition Mais notre modernitĂ© littĂ©raire a su aussi s'arracher de l'anthropocentrisme pour considĂ©rer le monde animal Ă part entiĂšre. L'animal, un personnage Ă part entiĂšre L'animal a une rĂ©alitĂ© propre et se diffĂ©rencie de l'Homme. La Fontaine avait pu, dĂ©jĂ le reconnaĂźtre. Mais c'est notre modernitĂ© qui, avançant dans la science d'une part et s'inquiĂ©tant de l'Ă©cologie d'autre part, a donnĂ© de plus en plus d'importance singuliĂšre Ă la faune. Intelligence animale MalgrĂ© l'abondance des mĂ©taphores dans les Fables de La Fontaine, certains de ses apologues laissent entrevoir une considĂ©ration indĂ©pendante du monde animal. Ă rebours de ce qu'en pense Descartes dans son Discours de la mĂ©thode 1637, le fabuliste reconnaĂźt que les animaux possĂšdent Non point une raison selon notre maniĂšre / Mais beaucoup plus aussi qu'un aveugle ressort ». Il met mĂȘme en scĂšne cette singuliĂšre intelligence dans sa fable Les deux Rats, le Renard, et l'Ćuf », en racontant comment deux rats parviennent Ă transporter un Ćuf. Et d'affirmer Qu'on m'aille soutenir aprĂšs un tel rĂ©cit, Que les bĂȘtes n'ont point d'esprit. Pour moi si j'en Ă©tais le maĂźtre, Je leur en donnerais aussi bien qu'aux enfants. Ceux-ci pensent-ils pas dĂšs leurs plus jeunes ans ? Quelqu'un peut donc penser ne se pouvant connaĂźtre. Transition De fait, les travaux scientifiques ont permis de mettre au jour l'intelligence animale. Ces dĂ©couvertes contribuent Ă offrir aux animaux une place de choix dans la littĂ©rature. LittĂ©rature et science Le discours scientifique a assurĂ©ment modifiĂ© le regard que l'on porte sur l'animal. Combien de documentaires trouve-t-on qui s'Ă©merveillent des modes de communication ou d'organisation sociale trouvĂ©s par les animaux ? La littĂ©rature a tĂŽt fait de s'emparer de ces connaissances, pour faire de l'animal un sujet Ă part entiĂšre. On peut ainsi Ă©voquer le roman de Bernard Werber, Les Fourmis 1991. Ce livre est divisĂ© en deux univers distincts, qui finissent, comme une preuve littĂ©raire que les deux se valent, par se recouper Ă la fin du rĂ©cit le monde des humains et celui des fourmis. Bernard Werber est un cĂ©lĂšbre auteur de romans français. Sa trilogie sur les Fourmis lui a donnĂ© sa notoriĂ©tĂ©. Transition Mais d'autres Ă©crivains veulent simplement consacrer la beautĂ© du monde animal, qui s'envisage certes toujours en comparaison Ă la violence du monde humain. LittĂ©rature et beautĂ© Certaines Ćuvres d'art prennent en effet pour objet l'animal, en marge d'un rĂ©cit ou comme sujet principal, moins pour parler de l'homme que pour mettre en Ă©vidence sa beautĂ© tout Ă fait singuliĂšre. On trouve ainsi le Tendre bestiaire 1969 de Maurice Genevoix, dans lequel l'Ă©crivain dĂ©crit les animaux des champs et des forĂȘts qu'il a observĂ©s au cours de ses promenades. Il y affirme la beautĂ© indĂ©pendante du monde animal, qui lui donnerait presque une supĂ©rioritĂ© sur le monde humain L'homme contemporain, gallupĂ©, ifopĂ©, codĂ©, ordinatorisĂ©, encartĂ©, parquĂ©, et mĂȘme parkinguĂ©, aura beau multiplier ses termitiĂšres et ses casernes, il ne parviendra pas Ă dĂ©figurer, ou si peu, les beautĂ©s naturelles qui, malgrĂ© tout et malgrĂ© lui, lui sont offertes et mĂȘme prodiguĂ©es. Conclusion Il est Ă©vident que l'Ă©vocation du monde animal soit une maniĂšre, pour les littĂ©rateurs, de parler de l'Homme. Sur quoi d'autre pourraient-ils Ă©crire ? DĂšs l'Ă©laboration des mythes, l'Homme a dĂ» s'inspirer de la Nature pour se comprendre lui-mĂȘme, et il a toujours rĂ©flĂ©chi avec cette analogie. Certes, le succĂšs de l'anthropomorphisme montre une dĂ©rive ne plus considĂ©rer la singularitĂ© du monde animal pour ne faire de celui-ci qu'un simple miroir de l'Homme. Mais les avancĂ©es scientifiques ont peu Ă peu redonnĂ© sa singularitĂ© Ă la faune, qui est par ailleurs fĂȘtĂ©e chez certains Ă©crivains pour ce qu'elle est, indĂ©pendamment de l'Homme.Jeande La Fontaine, Fables (livres VII Ă IX) / parcours : Imagination et pensĂ©e au XVIIe siĂšcle. Voltaire, L'IngĂ©nu / parcours : Voltaire, esprit des LumiĂšres. Mais rien nâinterdit Ă lâĂ©lĂšve, Ă partir de ses propres lectures, dâenrichir sa rĂ©flexion par des exemples empruntĂ©s Ă lâactualitĂ© par exemple. La rĂ©ussite d'un essai suppose donc trois types de connaissances
Au XVIIĂšme siĂšcle, La Fontaine a su donner Ă la fable, genre antique dont Esope est le pĂšre », ses lettres de noblesse en France, et dans lâimaginaire collectif il est celui qui se ser[vait] dâanimaux pour instruire les hommes ». Les fables du second recueil sont cependant diffĂ©rentes des prĂ©cĂ©dentes ; le fabuliste cherche Ă se renouveler et varie les sources dâinspiration, puisant chez lâindien Pilpay ou dans lâactualitĂ© ses sujets ; le bestiaire est moins utilisĂ© ; la tonalitĂ© aussi a changĂ©, La Fontaine se montrant souvent plus pessimiste et satirique que moralisateur. Ce recueil nâest dâailleurs pas dĂ©diĂ© Ă un enfant, comme lâĂ©tait le premier. La fable 10 du livre VII, Le curĂ© et le mort », est reprĂ©sentative de ce changement. Sâinspirant dâune anecdote rĂ©elle, relatĂ©e par Madame de SĂ©vignĂ© Ă sa fille dans son abondante correspondance, le fabuliste raconte lâhistoire dâun curĂ© qui trouve la mort en accompagnant un mort au cimetiĂšre, alors quâil se laissait aller Ă la rĂȘverie. Cette fable fait pendant Ă celle de La laitiĂšre et le Pot au lait », qui raconte une aventure construite sur le mĂȘme schĂ©ma. La thĂ©matique de lâimagination prend donc une importance dĂ©cisive. Comment le fabuliste traite-t-il le fait divers dans lâapologue, et quelle est son ambition morale ? Nous Ă©tudierons tout dâabord lâart de la narration dans cette fable, puis la visĂ©e satirique de La Fontaine dans sa description du curĂ© songeur. Nous analyserons enfin la rĂ©flexion sur la condition humaine que propose ce texte. I. Lâart de la narration La Fontaine a transformĂ© le fait divers en un apologue plaisant, vif, variĂ©, qui joue des oppositions entre les personnages, et qui mĂȘle des tonalitĂ©s inattendues, compte tenu du sujet et des personnages choisis. a La briĂšvetĂ© et la variĂ©tĂ© La Fontaine a Ă©crit, avec Le curĂ© et le Mort », un petit rĂ©cit alerte. Il relate une anecdote, sans digression, en utilisant pour lâessentiel des octosyllabes, qui confĂšrent Ă la fable un rythme vif. LâoriginalitĂ© de la fable tient ici au long dĂ©veloppement de la situation initiale, qui met en valeur la seule pĂ©ripĂ©tie, qui fait office Ă la fois dâĂ©lĂ©ment perturbateur, dâĂ©lĂ©ment de rĂ©solution, et de situation finale lâaccident dans lequel le curĂ© trouve la mort. La valeur dramatique de cette chute est mise en relief par la parataxe Un heurt survient, adieu le char » v30, le prĂ©sentatif Voilà » v31 et lâutilisation du passĂ© composĂ© Messire Jean Chouart [âŠ] a la tĂȘte cassĂ©e » v31. Le rĂ©cit est dâautant plus plaisant Ă lire que le fabuliste joue sur lâalternance et la variĂ©tĂ©, pour lui donner du rythme. Il alterne les rimes plates v5-6, croisĂ©es v1-4, embrassĂ©es 29-32 ; le rĂ©cit est parfois coupĂ© par du discours direct v15-18, 21-23 ou les interventions du narrateur hĂ©las ! » v7 ; Ă lâintĂ©rieur mĂȘme du rĂ©cit, La Fontaine fait alterner les temps, avec de lâimparfait v1-6, 10-14, 18-20, 24-28, du prĂ©sent de narration v30-35, dâĂ©nonciation dans les paroles rapportĂ©es, ou de vĂ©ritĂ© gĂ©nĂ©rale v7, 37. La Fontaine a donc cherchĂ© Ă garder le caractĂšre brutal de lâanecdote, tout en la rendant plaisante. bLes personnages Il dĂ©veloppe cependant suffisamment son rĂ©cit pour le lecteur jouisse des parallĂ©lismes quâil a créés entre ses personnages. Ceux-ci sont dĂšs le titre mis en relation, avec la conjonction et » qui laisse sâinterroger sur le sens souvent les personnages qui donnent le titre de la fable sâopposent, comme le Corbeau et le Renard, ou le LiĂšvre et la Tortue. Ici, il ne sâagit pas dâanimaux, et le lecteur voit mal de prime abord ce que lâauteur suggĂšre. Le fabuliste utilise donc dĂšs les quatre premiers vers de forte oppositions afin dâamener le lecteur Ă saisir lâenjeu de la fable et le caractĂšre du curĂ© les vers 1 et 3 sont construits de façon identique dĂ©terminant indĂ©fini, nom, verbe sâen allait », adverbe ; seuls les noms et les adverbes changent, et puisque les adverbes sont antithĂ©tiques tristement » / gaiement », les noms doivent ĂȘtre compris comme antithĂ©tiques eux aussi. La suite du texte est plus subtile, et ce sont les connotations qui sâopposent au mort la biĂšre » qui lui sert dâhabit et quâil nâĂŽtera plus, au curĂ© les rĂȘveries sur les cotillons » Ă offrir, et sans doute Ă ĂŽter⊠Par ailleurs, le lecteur du recueil , qui vient de lire La laitiĂšre et le Pot au lait », remarque la similitude entre les deux fables, et conclut que le curĂ© » est lâĂ©quivalent de la laitiĂšre », ce qui implique que le mort » est lâĂ©quivalent du pot au lait » la rĂ©ification implicite du titre, dĂ©veloppĂ©e par le participe passĂ© empaquetĂ© » v6 montre que le mort nâest plus quâune chose, alors que le curĂ©, bien vivant, a des aspirations, des envies, dâ agrĂ©able[s] pensĂ©e[s] » v29. c La tonalitĂ© Ces oppositions permettent Ă La Fontaine de crĂ©er dans cette fable une tonalitĂ© particuliĂšre, mĂȘlĂ©e de grivoiserie, avec les mentions des cotillons », de la niĂšce », de la chambriĂšre » v26-28 et dâhumour noir, avec le curĂ© libidineux qui chemine au cĂŽtĂ© du mort en direction du cimetiĂšre, et la chute qui mĂȘle leurs deux destins. Le texte est par ailleurs ironique les reprises nominales font dâ un mort » Monsieur le mort » dans la bouche du curĂ©, et cette appellation ironique puisque faussement respectueuse est parodiĂ©e par lâauteur qui qualifie le curĂ© de Messire Jean Chouart ». De plus, afin de montrer la cupiditĂ© du curĂ© qui compte ce que pourra lui rapporter cet enterrement, le mort est par deux fois appelĂ© son mort », comme si le curĂ© sâĂ©tait dĂ©jĂ appropriĂ© les revenus dus Ă celui-ci. Lâauteur fait un jeu de mots au vers 37, car le curĂ© comptait » sur son mort, au sens dâ espĂ©rait », mais aussi au sens concret de faisait les comptes ». A partir dâune anecdote rĂ©ellement arrivĂ©e, La Fontaine construit une fable plaisante, tant par le rythme du rĂ©cit que par les caractĂ©ristiques donnĂ©es aux protagonistes ou par la tonalitĂ© toute particuliĂšre de la fable. A travers le personnage du curĂ©, La Fontaine se livre Ă une satire fĂ©roce du clergĂ©, car ce curĂ© apparaĂźt comme un bon vivant. II. La satire du clergĂ© a La dĂ©pravation des mĆurs Le curĂ© mis en scĂšne par La Fontaine apparaĂźt comme un ĂȘtre dĂ©pravĂ©. Avec lâargent de lâenterrement, il rĂȘve dâacheter une feuillette », câest-Ă -dire un tonneau, du meilleur vin des environs » ; La Fontaine sâinscrit dans la tradition anti-clĂ©ricale qui voit dans les hommes dâEglise des ivrognes invĂ©tĂ©rĂ©s. Son autre projet est dâacheter des cotillons », des jupons, Ă sa niĂšce et Ă sa femme de chambre ; La Fontaine fait du curĂ© de sa fable un homme lascif. Le thĂšme de la sensualitĂ© est tout dâabord Ă©voquĂ© dans les vers consacrĂ©s au mort, qui ne connaĂźtra plus les jouissances de la chair son cercueil est dĂ©signĂ© par trois fois comme une robe », dont les morts ne peuvent se dĂ©vĂȘtir v7-8. Il est repris dans lâ agrĂ©able pensĂ©e » v29 du curĂ© qui veut acheter des dessous pour certaine niĂšce » et une chambriĂšre nommĂ©e PĂąquette », dont le nom Ă©voque une femme lĂ©gĂšre. Le curĂ© apparaĂźt donc comme un individu lubrique, qui profite de son ascendant social et moral sur sa femme de chambre, et a mĂȘme des pensĂ©es incestueuses avec sa niĂšce. La Fontaine charge le portrait, en appelant, par deux fois, le curĂ© Messire Jean Chouart » v18,31 Messire » est le titre donnĂ© aux gens dâEglise ; Jean Chouart » est une rĂ©fĂ©rence Ă Rabelais, qui dĂ©signe ainsi, dans Pantagruel ou le Quart Livre, le sexe masculin. Le personnage est donc rĂ©duit Ă son organe, ce qui montre son cĂŽtĂ© jouisseur ; lâassociation du titre qui rappelle son statut dâhomme dâEglise, son cĂŽtĂ© spirituel, et du pĂ©nis qui renvoie au cĂŽtĂ© sensuel de lâhomme est fĂ©rocement satirique. Le curĂ© est montrĂ© comme un ĂȘtre dĂ©pravĂ© qui est prĂȘt Ă cĂ©der au pĂ©chĂ© de luxure. b La cupiditĂ© Le curĂ© est par ailleurs montrĂ© comme un ĂȘtre cupide, intĂ©ressĂ© seulement par lâargent que peut lui rapporter le mort. Par une pensĂ©e charitable pour notre dĂ©funt » ne vient au pasteur ». Il ne songe quâĂ ce quâil va gagner il ne sâagit que du salaire » v17, jâaurai de vous tant en argent, et tant en cire, et tant en autres menus coĂ»ts » v21-23. La rĂ©pĂ©tition de tant » dĂ©voile les calculs auxquels se livre le prĂȘtre, qui comptabilise sa rĂ©tribution, lâargent payĂ© par les fidĂšles pour les cierges et les dĂ©tails du service funĂšbre. Son mort » devient donc pour le curĂ© un trĂ©sor », quâil couve » des yeux, ce qui traduit bien sa cupiditĂ©. Le jeu de mots final le curĂ© Chouart, qui sur son mort comptait » rappelle une derniĂšre fois au lecteur le caractĂšre intĂ©ressĂ© du prĂȘtre. Au rebours de toutes les valeurs chrĂ©tiennes, le mort devient donc pour lâEglise une valeur marchande. Il nâest plus quâune chose, dont on oublie lâĂąme, bien et dĂ»ment empaquetĂ© » que lâon emmĂšne au cimetiĂšre au plus vite » pour toucher son salaire ». Lâinsistance de La Fontaine sur la biĂšre » v7, le plomb » v33 montre la rĂ©ification de la personne pour le clergĂ©, qui ne se prĂ©occupe pas de spiritualitĂ© mais se rĂ©vĂšle mercantile. Les pensĂ©es du prĂȘtre mettent en valeur la relation conçue sur lâĂ©change et le profit on vous en donnera [des priĂšres] de toutes les façons » et jâaurai de vous tant [âŠ] ». c Lâhypocrisie En mettant au jour les pĂ©chĂ©s des gens dâEglise, qui cĂšdent facilement Ă lâavarice et Ă la luxure, La Fontaine fait surtout ressortir leur hypocrisie. Câest sous prĂ©texte de spiritualitĂ© et de salut de lâĂąme que sont dites les priĂšres et effectuĂ©es les cĂ©rĂ©monies religieuses. Or, dans ce texte, le fabuliste met en opposition les paroles effectivement prononcĂ©es et les pensĂ©es rĂ©elles du prĂȘtre. Il rĂ©citait, Ă lâordinaire, / Maintes dĂ©votes oraisons, / Et des psaumes, et des leçons, / Et des versets, et des rĂ©pons » trois vers sont consacrĂ©s Ă lâĂ©numĂ©ration des diffĂ©rentes priĂšres chantĂ©es ou lues par le curĂ©, avec la rĂ©pĂ©tition et lâanaphore de la conjonction et » qui marque lâaccumulation. DerriĂšre cette dĂ©monstration de religiositĂ© et de foi, se dissimulent des pensĂ©es non avouables On vous en donnera de toutes les façons ; / Il ne sâagit que du salaire ». LâingĂ©niositĂ© de La Fontaine consiste Ă inverser dans la fable les procĂ©dĂ©s attendus les priĂšres prononcĂ©es sont rapportĂ©es de façon indirecte, tandis que les pensĂ©es du curĂ© sont rapportĂ©es au style direct. Celles-ci prennent donc plus de relief, et paraissent plus vraies que les litanies de priĂšres dĂ©bitĂ©es effectivement. De plus, le curĂ© semble se moquer du mort sâadressant mentalement Ă lui, il le nargue, en lâappelant Monsieur le Mort » et en Ă©numĂ©rant les profits rĂ©alisĂ©s grĂące Ă lui. Lâanecdote permet donc Ă La Fontaine de livrer une virulente satire des hommes dâEglise, montrĂ©s comme des ĂȘtres dĂ©pravĂ©s, cupides et hypocrites. Mais la fable nâest pas seulement ironique elle invite Ă rĂ©flĂ©chir sur lâhumaine condition. III. Une rĂ©flexion sur la condition humaine Dans les trois derniers vers, sĂ©parĂ©s du texte par un espace, et qui apparaissent comme la moralitĂ© de la fable, La Fontaine estime que le curĂ© Chouart », câest-Ă -dire lâaventure du curĂ© Chouart, est proprement toute notre vie ». Le lecteur est donc amenĂ© Ă voir dans cet apologue une image de sa propre destinĂ©e. a La finitude En choisissant comme personnages un mort et un curĂ© qui meurt, La Fontaine montre le destin humain sous le signe de la finitude. Il attire notre attention sur notre devenir commun, en insistant sur le cercueil, et en faisant part de son chagrin personnel une robe, hĂ©las ! quâon nomme biĂšre ». Il tente cependant une dĂ©dramatisation en prĂ©sentant le mort avec des caractĂ©ristiques de vivant la terre est son dernier gĂźte », il est vĂȘtu dâune robe », et se rĂ©vĂšle, Ă son insu, acteur de la fin du curĂ© le Paroissien en plomb entraĂźne son pasteur ». Mais si lâauteur, dans ses interventions, refuse dâĂ©voquer le mort de façon morbide, le personnage du curĂ©, on lâa vu, le renvoie Ă sa finitude en le considĂ©rant comme une chose, dont il peut tirer profit. La brutalitĂ© de la chute rappelle dâailleurs au lecteur que nul nâest Ă lâabri La Fontaine utilise le paradoxe de lâanecdote pour rendre compte des alĂ©as de la fortune, qui peuvent ĂȘtre tragiques. Les deux personnages mis en opposition tout le long de la fable, lâun mort et nâayant plus droit Ă rien, lâautre bien vivant et plein dâespĂ©rance, se retrouvent unis dans le mĂȘme destin tous deux sâen vont de compagnie ». Le chiasme dĂ©veloppĂ© dans les vers 33-34 suggĂšre le retournement de situation complet et rapide qui sâopĂšre. Le curĂ© en mourant devient lui aussi chose sans volontĂ© et sans pouvoir, soumis Ă la fatalitĂ© le mort lâ entraĂźne », lui suit ». La reprise du verbe sâen aller » sâen vont », v35, prĂ©sent dans le premier vers, et conjuguĂ© cette fois-ci au pluriel clĂŽt le rĂ©cit sur une idĂ©e de fin totale. b Le pouvoir de lâimagination Ce nâest pas seulement sur ce thĂšme que La Fontaine veut faire rĂ©flĂ©chir le lecteur ; la mĂȘme anecdote racontĂ©e par Madame de SĂ©vignĂ© dans sa lettre du 26 fĂ©vrier 1672 tenait en trois phrases M. de Boufflers a tuĂ© un homme aprĂšs sa mort. Il Ă©tait dans sa biĂšre et en carrosse on le menait Ă une lieue de Boufflers pour lâenterrer ; son curĂ© Ă©tait avec le corps. On verse ; la biĂšre coupe le cou au pauvre curĂ©. » Ce qui lâa frappĂ©e est le paradoxe de cette mort inattendue. La Fontaine, sâil ne nĂ©glige pas cet aspect, a dĂ©veloppĂ© son rĂ©cit en y intĂ©grant les pensĂ©es intimes du curĂ©, et en modifiant ainsi la portĂ©e de lâanecdote. Celle-ci a donc pour thĂ©matique lâimagination. La morale est dâailleurs explicite, ce quâil faut retenir de cet apologue est que le curĂ© comptait » sur le Mort » comme Perrette comptait sur le Pot au lait ». Lâauteur invite donc le lecteur Ă comparer les deux fables afin dâen dĂ©gager le sens moral. La LaitiĂšre et le Pot au lait » raconte la rĂȘverie dâune laitiĂšre sur le profit quâelle imagine pouvoir tirer de son lait, et se voit dĂ©jĂ acheter des poulets, puis un cochon, une vache et un veau ; mais dans lâexaltation de ses pensĂ©es, elle fait tomber son pot adieu veau, vache, cochon, couvĂ©e ». La Fontaine rĂ©utilise lâexpression, mais de façon moins dĂ©veloppĂ©e dans Le CurĂ© et le Mort » adieu le char ». La fable invite donc Ă prendre en considĂ©ration le pouvoir de lâimagination qui dirige nos vies. c Une vision pessimiste de la vie Le lecteur constate toutefois une diffĂ©rence de taille entre les deux fables. Certes, le thĂšme et la progression du rĂ©cit sont les mĂȘmes, mais la fable de La LaitiĂšre » sâinscrit dans une thĂ©matique de vie, avec lâĂ©vocation des animaux et de leur prolifĂ©ration ; la fable du CurĂ© » est empreinte de mort. Surtout, la rĂȘverie de la LaitiĂšre suscite de la part du lecteur une certaine identification, comme de la part de lâauteur Quel esprit ne bat la campagne ? [âŠ] Quand je suis seul, je fais au plus brave un dĂ©fi [âŠ] Quelque accident fait-il que je rentre en moi-mĂȘme, / Je suis gros Jean comme devant ». La morale de la fable Le CurĂ© et le Mort » nâest pas lyrique, et si le fabuliste invite Ă se reconnaĂźtre dans le destin du curĂ© avec lâutilisation de la premiĂšre personne du pluriel notre vie », v36, la tonalitĂ© est diffĂ©rente. Lâimagination chez lâhomme est telle quâelle permet des suppositions et des rĂȘveries mĂȘme Ă propos des morts, rien ne lâarrĂȘte elle transforme mĂȘme lâhomme en ĂȘtre cynique et amoral, pour qui tout support est bon, tant quâil permet lâespoir et lâessor de lâimagination. Conclusion Avec Le CurĂ© et le Mort », La Fontaine a Ă©crit un rĂ©cit plaisant, au rythme alerte, aux effets variĂ©s, dâune tonalitĂ© originale, mĂȘlant lâhumour et lâironie. Lâopposition des personnages permet de mettre en valeur les dĂ©fauts du curĂ© lascif, cupide et hypocrite, Ă travers lequel La Fontaine fait une satire virulente des gens du clergĂ©, qui se prĂ©occupent de notions plus matĂ©rielles que spirituelles. Cette fable est aussi lâoccasion pour le fabuliste de dĂ©velopper la rĂ©flexion amorcĂ©e avec La LaitiĂšre et le Pot au lait » sur le pouvoir de lâimagination qui nous Ă©loigne du rĂ©el ; dans Le CurĂ© et le Mort », elle apparaĂźt comme aussi nĂ©cessaire que lâespĂ©rance, mais liĂ©e Ă lâĂ©goĂŻsme fondamental de lâĂȘtre humain.Du"Roman de Renart" au Moyen Ăge Ă "La ferme des animaux" d'Orwell en passant par les fables de La Fontaine, les animaux ont toujours Ă©tĂ© prĂ©sents dans la littĂ©rature. DĂ©cryptage. FABLES J. de La Fontaine Fiche de lecture Jean de La Fontaine 1621-1695 a quarante-six ans quand, en mars 1668, Barbin, Ă©diteur prestigieux de Boileau et de Racine, fait paraĂźtre les six premiers livres des Fables choisies et mises en vers par M. de La Fontaine. Elles sont prĂ©cĂ©dĂ©es d'une ĂpĂźtre Ă Monseigneur le Dauphin, le fils de Louis XIV, alors ĂągĂ© de sept ans ; d'une PrĂ©face qui proclame que [âŠ] [âŠ] Lire la suite LA FONTAINE JEAN DE 1621-1695 Ăcrit par Tiphaine ROLLAND âą 3 158 mots âą 3 mĂ©dias La Fontaine est Ă la fois lâauteur le plus unanimement cĂ©lĂ©brĂ© de la littĂ©rature française et lâun des plus difficiles Ă saisir. Un peu comme Perrault avec ses Contes du temps passĂ©, il sâest identifiĂ© avec le genre ancien quâil a rĂ©novĂ© ses Fables rĂ©sonnent partout, dans les Ă©coles primaires qui les inscrivent dans les mĂ©moires juvĂ©niles, comme Ă lâuniver [âŠ] [âŠ] Lire la suite CONTES DE FĂES, Madame d'Aulnoy Fiche de lecture Ăcrit par Christian BIET âą 1 222 mots La comtesse d'Aulnoy Marie Catherine Le Jumel de Barneville, baronne d'Aulnoy, 1650-1705 est surtout connue, au xvii e siĂšcle, pour le scandale Ă©norme dont elle a Ă©tĂ© l'objet. Elle fut en effet convaincue, en 1669, d'avoir dĂ©noncĂ© Ă tort son mari, le baron d'Aulnoy, pour avoir tenu des propos outrageants contre le roi. Cette calomnie, qu'elle et sa mĂšre avaient diffusĂ©e pour se dĂ©barrasser d'un [âŠ] [âŠ] Lire la suite L'ASTRĂE, HonorĂ© d'UrfĂ© Fiche de lecture Ăcrit par Christian BIET âą 1 511 mots On a, de nos jours, trop tendance Ă nĂ©gliger les grands romans des xvi e et xvii e siĂšcles. On se fie Ă CervantĂšs pour repousser les romans de chevalerie, on croit sur parole les Scarron, Sorel et autres FuretiĂšre, qui parodient les auteurs d' Amadis , de L'AstrĂ©e et du Grand Cyrus , en ignorant trop souvent que tous ces gros ouvrages ont fait l'objet d'un vĂ©ritable culte. Le succĂšs de L'AstrĂ© [âŠ] [âŠ] Lire la suite L'AUTRE MONDE OU LES ĂTATS ET EMPIRES DE LA LUNE, ET LES ĂTATS ET EMPIRES DU SOLEIL, Savinien Cyrano de Bergerac Fiche de lecture Ăcrit par Christian BIET âą 1 131 mots L'Autre Monde ou les Ătats et Empires de la Lune , de Savinien Cyrano de Bergerac 1619-1655, rĂ©digĂ© vers 1650, a d'abord circulĂ© sous forme manuscrite, avant de paraĂźtre aprĂšs la mort de l'auteur, en 1657, mais modifiĂ© au regard des manuscrits retrouvĂ©s, qui datent de 1653 environ. Le Bret, ami de l'auteur et Ă©diteur de l'Ă©crit libertin, ne souhaitait pas affronter la censure. Cette premiĂšre pu [âŠ] [âŠ] Lire la suite LES AVENTURES DE TĂLĂMAQUE, F. de FĂ©nelon Fiche de lecture Ăcrit par Christian BIET âą 1 080 mots François de Salignac de la Mothe FĂ©nelon 1651-1715 compose en mĂȘme temps, de juillet 1694 Ă mars 1695, Les Aventures de TĂ©lĂ©maque et les Ă©tudes prĂ©paratoires Ă L'Explication des maximes des saints , durant les confĂ©rences d'Issy pourparlers avec Bossuet, Ă©vĂȘque de Meaux, Ă propos de la question du quiĂ©tisme, ce courant mystique qui sera condamnĂ© en 1699 par l'Ăglise catholique et qui entraĂźner [âŠ] [âŠ] Lire la suite LES FEMMES SAVANTES, MoliĂšre Fiche de lecture Ăcrit par Christian BIET âą 1 679 mots âą 1 mĂ©dia Avant-derniĂšre comĂ©die de MoliĂšre 1622-1673 , Les Femmes savantes font Ă©cho aux PrĂ©cieuses ridicules 1659 qui ont ouvert la carriĂšre parisienne de l'auteur. Sur le mĂȘme motif les femmes et leur volontĂ© de prĂ©tendre au savoir et Ă l'art dans une sociĂ©tĂ© de salon, MoliĂšre est passĂ© d'une piĂšce en un acte et en prose, fondĂ©e sur des types, faisant la satire de prĂ©cieuses provinciales entichĂ©e [âŠ] [âŠ] Lire la suite 4heures. 20 points. IntĂ©rĂȘt du sujet âą Ce sujet va vous permettre de vous interroger sur la rĂ©ception des Fables de La Fontaine et de rĂ©flĂ©chir Ă une question que se posait dĂ©jĂ Rousseau : ces apologues sont-ils adaptĂ©s Ă des enfants ? 1. Contraction âą RĂ©alisez la contraction du texte de Jean-Jacques Rousseau en 250 mots. Vous devrez respecter BAC DE FRANCAIS 2023. Les nouveaux programmes de français 2023 sont sortis. Un quart du programme est renouvelĂ© pour lâannĂ©e 2022-2023. Il sâagit de lâobjet dâĂ©tude romanesque. 1. PremiĂšre gĂ©nĂ©rale les nouveaux programmes de français 2023 A/Ćuvres renouvelĂ©es Le roman est lâobjet dâĂ©tude renouvelĂ© et portera sur les oeuvres suivantes Balzac, La Peau de chagrin sâinscrivant dans le parcours les romans de lâĂ©nergie crĂ©ation et destruction ».AbbĂ© PrĂ©vost, Manon Lescaut sâinscrivant dans le parcours personnages en marge, plaisirs du romanesque ».Colette, Sido suivi de Les Vrilles de la vigne sâinscrivant dans le parcours la cĂ©lĂ©bration du monde ». B/Ćuvres maintenues La poĂ©sie du XIXe siĂšcle au XXIe siĂšcle Victor Hugo, Les Contemplations, livres I Ă IV / parcours les mĂ©moires dâune Baudelaire, Les Fleurs du Mal / parcours alchimie poĂ©tique la boue et lâ Apollinaire, Alcools / parcours modernitĂ© poĂ©tique ? La littĂ©rature dâidĂ©es du XVIe siĂšcle au XVIIIe siĂšcle Montaigne, Essais, Des Cannibales », I, 31 ; Des Coches », III, 6 [translation en français moderne autorisĂ©e] /parcours notre monde vient dâen trouver un de La Fontaine, Fables livres VII Ă XI / parcours imagination et pensĂ©e au XVIIe Lettres persanes / parcours le regard Ă©loignĂ©. C/ Le théùtre du XVII au XXIĂšme siĂšcle MoliĂšre, Le Malade imaginaire / parcours spectacle et comĂ©die ».Marivaux, Les Fausses Confidences / parcours théùtre et stratagĂšme ».Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde / parcours crise personnelle, crise familiale ». PremiĂšre de la voie technologique A/Ćuvres renouvelĂ©es Le théùtre du XVIIe siĂšcle au XXe siĂšcle MoliĂšre, Le Malade imaginaire / parcours spectacle et Les Fausses confidences / parcours théùtre et Lagarce, Juste la fin du monde / parcours crise personnelle, crise familiale. B/Ćuvres maintenues La poĂ©sie du XIXe siĂšcle au XXIe siĂšcle Victor Hugo, Les Contemplations, livres I Ă IV / parcours les mĂ©moires dâune Baudelaire, Les Fleurs du Mal / parcours alchimie poĂ©tique la boue et lâ Apollinaire, Alcools / parcours modernitĂ© poĂ©tique ? La littĂ©rature dâidĂ©es du XVIe siĂšcle au XVIIIe siĂšcle Montaigne, Essais, Des Cannibales », I, 31 ; Des Coches », III, 6 [translation en français moderne autorisĂ©e] /parcours notre monde vient dâen trouver un de La Fontaine, Fables livres VII Ă XI / parcours imagination et pensĂ©e au XVIIe Lettres persanes / parcours le regard Ă©loignĂ©. Le roman et le rĂ©cit du Moyen Ăge au XXIe siĂšcle Madame de Lafayette, La Princesse de ClĂšves / parcours individu, morale et Le Rouge et Noir / parcours le personnage de roman, esthĂ©tiques et Yourcenar MĂ©moires dâHadrien / parcours soi-mĂȘme comme un autre. BAC DE FRANCAIS 2023 conclusion Pour aller plus loin dans votre prĂ©paration du bac de francais 2023 âles programmes officiels du ministĂšre 2021 âLa dissertation Navigation des articles Pour s'amĂ©liorer en français
INSTRUIRE ET PLAIRELes auteurs des XVIIĂšme et XVIIIĂšme siĂšcles ne pouvaient se satisfaire pleinement du discours didactique sĂ©rieux ils ont donc conçu des stratĂ©gies qui servaient leur engagement et mĂ©nageaient le plaisir de la AUX ARMES DE L'ESPRITHĂ©ritiĂšre de l'apologue antique, la fable emprunte chez Jean de La Fontaine cent masques divers, et se glisse dans les allĂ©es du pouvoir. Charles Perrault, de son cĂŽtĂ©, redonne vie au conte populaire et Voltaire, un peu plus tard, mĂȘle critique et fantaisie, dans le conte philosophique. D'autres, pendant ce temps, tracent des chemins originaux, prĂ©fĂ©rant les formes brĂšves ou dialoguĂ©es. DES FABLES POUR PLAIRE ET INSTRUIRE...Sources anciennes Lorsqu'en 1668 paraĂźt le recueil intitulĂ© Fables choisies mises en vers par M. de La Fontaine, leur auteur a 47 ans. Le genre n'est pas nouveau le Grec ESOPE VIĂšme siĂšcle av. vient d'ĂȘtre traduit en latin et un autre fabuliste, PHEDRE Latin du 1er siĂšcle ap. avait enseignĂ© une morale en privilĂ©giant la mise en scĂšne d'animaux. La Fontaine reconnaĂźt qu'il imite ces grands prĂ©dĂ©cesseurs, mais il revendique une volontĂ© nouvelle avec le "charme et l'air agrĂ©able" de la poĂ©sie, "habiller des livrĂ©es des Muses", des historiettes destinĂ©es Ă "instruire et plaire".240 fables en 25 ans !Le succĂšs des six premiers livres du 1er recueil est immĂ©diat aprĂšs deux rĂ©impressions de 1668, il y aura trois rééditions l'annĂ©e suivante. DĂ©sormais, La Fontaine ne cesse plus de composer son intense activitĂ© poĂ©tique donne naissance, en mai 1678, aux livres VII et VIII de la nouvelle Ă©dition, suivis en 1679 des livres IX Ă XI. Le livre XII clĂŽt le recueil de lyriques, satiriques ou philosophiques..."Je me sers d'animaux pour instruire les hommes", affirme le fabuliste. Il renoue avec la fable animaliĂšre cf. ESOPE ou PHEDRE, les animaux sont les protagonistes privilĂ©giĂ©s et sont dotĂ©s de caractĂ©ristiques traditionnelles qui permettent de glisser des critiques et de faire rĂ©flĂ©chir sur les comportements. La fantaisie poĂ©tique s'Ă©panouit en une "comĂ©die Ă cent actes divers", dont les acteurs se nomment "Le Corbeau et le Renard", "Le Loup et le Chien", mais aussi "L'HuĂźtre et les plaideurs", "Le ChĂȘne et le Roseau"...La 2Ăšme livraison des Fables ajoute une autre source d'inspiration l'Indien PILPAY IIIĂšme siĂšcle. Les sujets sont dĂ©sormais plus politiques, religieux et philosophiques, la poĂ©sie Ă©lĂ©giaque fait son apparition "Les Animaux malades de la peste", "Le Vieillard et les trois jeunes gens", "Les Deux Pigeons" notamment appartiennent Ă cette galerie de nouveaux aussi chez PILPAY que La Fontaine trouvera ses modĂšles pour les fables du livre XII l'intervention du fabuliste se fait plus nette et la rĂ©flexion philosophique domine dans "Le Cerf malade", "Le Singe" ou "Le Philosophe scythe".Le corps et l'Ăąme de la fableLues et Ă©tudiĂ©es dans les Ă©coles du vivant de leur auteur, les Fables accompagnĂšrent par la suite des gĂ©nĂ©rations d'Ă©lĂšves dans l'apprentissage de la nature humaine et de la vie en sociĂ©tĂ©. Les Fables ont une apparence simple l'univers des animaux est proche de l'enfance, la leçon est souvent donnĂ©e explicitement Ă la fin... Pourtant elles sont souvent plus ambiguĂ«s qu'il n'y paraĂźt. Elles recĂšlent des nuances subtiles. OEuvre ouverte, parfois contradictoire, jamais dĂ©finitive, les Fables sont tantĂŽt lues comme un Ă©loge appuyĂ© de l'ordre monarchique, tantĂŽt comprises comme une dĂ©nonciation des abus de ce mĂȘme pouvoir. Elles posent aussi sur l'humanitĂ© un regard sombre et fĂ©roce. La satire permet Ă©galement de se moquer des petits et des grands travers des les Fables sont d'abord une oeuvre poĂ©tique utilisant toutes les ressources de la mĂ©trique, jouant sur les rythmes et les sonoritĂ©s, elles crĂ©ent un univers autonome. Les hommes et les animaux surgissent dans la vĂ©ritĂ© de leur caractĂšre, au milieu de paysages familiers, et toujours sous le regard amusĂ© de La Fontaine. QUAND LA FONTAINE FAIT LâELOGE DE LâAPOLOGUE âŠL'apologue est composĂ© de deux parties, dont on peut appeler l'une le corps, l'autre l'Ăąme. Le corps est la fable ; l'Ăąme, la moralitĂ©. PrĂ©face des FablesPlutĂŽt que d'ĂȘtre rĂ©duits Ă corriger nos habitudes, il faut travailler Ă les rendre bonnes pendant qu'elles sont encore indiffĂ©rentes au bien ou au mal. Or quelle mĂ©thode y peut contribuer plus utilement que ces fables ? Dites Ă un enfant que Crassus, allant contre les Parthes, s'engagea dans leur pays sans considĂ©rer comment il en sortirait ; que cela le fit pĂ©rir, lui et son armĂ©e, quelque effort qu'il fit pour se retirer. Dites au mĂȘme enfant que le renard et le bouc descendirent au fond d'un puits pour y Ă©teindre leur soif ; que le renard en sortit s'Ă©tant servi des Ă©paules et des cornes de son camarade comme d'une Ă©chelle ; au contraire, le bouc y demeura pour n'avoir pas eu tant de prĂ©voyance ; et par consĂ©quent il faut considĂ©rer en toute chose la fin . Je demande lequel de ces deux exemples fera le plus d'impression sur cet enfant ne s'arrĂȘtera-t-il pas au dernier, comme plus conforme et moins disproportionnĂ© que l'autre Ă la petitesse de son esprit ? PrĂ©face des FablesS'il y a quelque chose d'ingĂ©nieux dans la rĂ©publique des lettres, on peut dire que c'est la maniĂšre dont Esope a dĂ©bitĂ© sa morale. Il serait vĂ©ritablement Ă souhaiter que d'autres mains que les miennes y eussent ajoutĂ© les ornements de la poĂ©sie, puisque le plus sage des anciens a jugĂ© qu'ils n'y Ă©taient pas inutiles. J'ose, Monseigneur, vous en prĂ©senter quelques essais. C'est un entretien convenable Ă vos premiĂšres annĂ©es. Vous ĂȘtes en un Ăąge oĂč l'amusement et les jeux sont permis aux princes; mais en mĂȘme temps, vous devez donner quelques unes de vos pensĂ©es Ă des rĂ©flexions sĂ©rieuses. Tout cela se rencontre aux fables que nous devons Ă Esope. L'apparence en est puĂ©rile, je le confesse, mais ces puĂ©rilitĂ©s servent d'enveloppe Ă des vĂ©ritĂ©s importantes. [âŠ] DĂ©dicace des Fables A Monseigneur le DauphinLes fables ne sont pas ce qu'elles semblent ĂȘtre ;Le plus simple animal nous y tient lieu de morale nue apporte de l'ennui Le conte fait passer le prĂ©cepte avec ces sortes de feinte il faut instruire et plaire,Et conter pour conter me semble peu d' par cette raison qu'Ă©gayant leur esprit,Nombre de gens fameux en ce genre ont ont fui l'ornement et le trop d' ne voit point chez eux de parole perdue. DĂ©but de la fable Le pĂątre et le lion, Livre VIL'apologue est un don qui vient des Immortels; Ou, si c'est un prĂ©sent des hommes,Quiconque nous l'a fait mĂ©rite des autels Nous devons, tous tant que nous sommes, Eriger en divinitĂ©Le sage par qui fut ce bel art proprement un charme il rend l'Ăąme attentive, Ou plutĂŽt il la tient captive, Nous attachant Ă des rĂ©citsQui mĂšnent Ă son grĂ© les coeurs et les esprits.DĂ©dicace du second recueil des Fables Ă Mme de Montespan SATIREPiĂšce de vers oĂč l'auteur attaque les vices et les ridicules de son temps. Pamphlet ordinairement mĂȘlĂ© de prose et de vers, dans lequel on s'attaque aux mĆurs publiques. Ăcrit, propos, Ćuvre par lesquels on raille ou on critique vivement quelqu'un ou quelque chose par exemple un film peut ĂȘtre une satire des mĆurs LA FONTAINE dans ses Fables, VOLTAIRE dans ses contes philosophiques, mettent en oeuvre une plume satirique ils recourent volontiers Ă l'ironie ce qui exige du lecteur un dĂ©cryptage du texte mais aussi au registre satirique. En effet, ils s'ingĂ©nient Ă ridiculiser les travers de la sociĂ©tĂ© et des hommes. Ainsi le moraliste et le philosophe amĂšnent le lecteur Ă dĂ©gager l'implicite de leurs rĂ©cits. La lecture doit donc ĂȘtre active et vigilante puisqu'il faut repĂ©rer les indices de l'ironie et les procĂ©dĂ©s de la satire. La dimension critique des fables et des contes philosophiques demande une attention aiguĂ« car il faut ĂȘtre en mesure de reformuler explicitement les messages critiques sous-entendus. LA FONTAINE recourt aussi assez souvent au discours indirect libre pour mettre Ă distance des propos qui doivent nous paraĂźtre scandaleux, comme lors des rĂ©actions des courtisans dans "Les Animaux malades de la peste" pour dĂ©signer le pauvre Ane - qui n'est guĂšre coupable en vĂ©ritĂ© mais qui sera sacrifiĂ© par la communautĂ© animale - , le fabuliste use des mots "pelĂ©", "galeux", "maudit animal" pour traduire les propos haineux de ses attaquants. La Fontaine donne Ă entendre la mauvaise foi des puissants qui s'en prennent aisĂ©ment aux petites gens pour conjurer les flĂ©aux tels que la peste. La morale explicite confirme cette lecture et l'enjeu critique de la fable "Selon que vous serez puissant ou misĂ©rable Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir." LA FONTAINE L'Homme et la CouleuvreUn Homme vit une Couleuvre. Ah ! mĂ©chante, dit-il, je m'en vais faire une oeuvre AgrĂ©able Ă tout l'univers. A ces mots, l'animal pervers C'est le serpent que je veux dire Et non l'homme on pourrait aisĂ©ment s'y tromper, A ces mots, le serpent, se laissant attraper, Est pris, mis en un sac ; et, ce qui fut le pire, On rĂ©solut sa mort, fĂ»t-il coupable ou non. Afin de le payer toutefois de raison, L'autre lui fit cette harangue Symbole des ingrats, ĂȘtre bon aux mĂ©chants, C'est ĂȘtre sot, meurs donc ta colĂšre et tes dents Ne me nuiront jamais. Le Serpent, en sa langue, Reprit du mieux qu'il put S'il fallait condamner Tous les ingrats qui sont au monde, A qui pourrait-on pardonner ? Toi-mĂȘme tu te fais ton procĂšs. Je me fonde Sur tes propres leçons ; jette les yeux sur toi. Mes jours sont en tes mains, tranche-les ta justice, C'est ton utilitĂ©, ton plaisir, ton caprice ; Selon ces lois, condamne-moi ; Mais trouve bon qu'avec franchise En mourant au moins je te dise Que le symbole des ingrats Ce n'est point le serpent, c'est l'homme. Ces paroles Firent arrĂȘter l'autre ; il recula d'un pas. Enfin il repartit Tes raisons sont frivoles Je pourrais dĂ©cider, car ce droit m'appartient ; Mais rapportons-nous-en. Soit fait, dit le reptile. Une Vache Ă©tait lĂ , l'on l'appelle, elle vient ; Le cas est proposĂ© ; c'Ă©tait chose facile Fallait-il pour cela, dit-elle, m'appeler ? La Couleuvre a raison ; pourquoi dissimuler ? Je nourris celui-ci depuis longues annĂ©es ; Il n'a sans mes bienfaits passĂ© nulles journĂ©es ; Tout n'est que pour lui seul ; mon lait et mes enfants Le font Ă la maison revenir les mains pleines ; MĂȘme j'ai rĂ©tabli sa santĂ©, que les ans Avaient altĂ©rĂ©e, et mes peines Ont pour but son plaisir ainsi que son besoin. Enfin me voilĂ vieille ; il me laisse en un coin Sans herbe ; s'il voulait encor me laisser paĂźtre ! Mais je suis attachĂ©e ; et si j'eusse eu pour maĂźtre Un serpent, eĂ»t-il su jamais pousser si loin L'homme, tout Ă©tonnĂ© d'une telle sentence, Dit au Serpent Faut-il croire ce qu'elle dit ? C'est une radoteuse ; elle a perdu l'esprit. Croyons ce Boeuf. Croyons, dit la rampante bĂȘte. Ainsi dit, ainsi fait. Le Boeuf vient Ă pas lents. Quand il eut ruminĂ© tout le cas en sa tĂȘte, Il dit que du labeur des ans Pour nous seuls il portait les soins les plus pesants, Parcourant sans cesser ce long cercle de peines Qui, revenant sur soi, ramenait dans nos plaines Ce que CĂ©rĂšs nous donne, et vend aux animaux ; Que cette suite de travaux Pour rĂ©compense avait, de tous tant que nous sommes, Force coups, peu de grĂ© ; puis, quand il Ă©tait vieux, On croyait l'honorer chaque fois que les hommes Achetaient de son sang l'indulgence des Dieux. Ainsi parla le Boeuf. L'Homme dit Faisons taire Cet ennuyeux dĂ©clamateur ; Il cherche de grands mots, et vient ici se faire, Au lieu d'arbitre, accusateur. Je le rĂ©cuse aussi. L'arbre Ă©tant pris pour juge, Ce fut bien pis encore. Il servait de refuge Contre le chaud, la pluie, et la fureur des vents ; Pour nous seuls il ornait les jardins et les champs. L'ombrage n'Ă©tait pas le seul bien qu'il sĂ»t faire ; Il courbait sous les fruits ; cependant pour salaire Un rustre l'abattait, c'Ă©tait lĂ son loyer, Quoique pendant tout l'an libĂ©ral il nous donne Ou des fleurs au Printemps, ou du fruit en Automne ; L'ombre l'EtĂ©, l'Hiver les plaisirs du foyer. Que ne l'Ă©mondait-on, sans prendre la cognĂ©e ? De son tempĂ©rament il eĂ»t encor vĂ©cu. L'Homme trouvant mauvais que l'on l'eĂ»t convaincu, Voulut Ă toute force avoir cause gagnĂ©e. Je suis bien bon, dit-il, d'Ă©couter ces gens-lĂ . Du sac et du serpent aussitĂŽt il donna Contre les murs, tant qu'il tua la bĂȘte. On en use ainsi chez les grands. La raison les offense ; ils se mettent en tĂȘte Que tout est nĂ© pour eux, quadrupĂšdes, et gens, Et serpents. Si quelqu'un desserre les dents, C'est un sot. J'en conviens. Mais que faut-il donc faire ? - Parler de loin, ou bien se FONTAINE, "L'Homme et la Couleuvre", Fables REMARQUES SUR "L'HOMME ET LA COULEUVRE" Lâorigine de cet apologue est indienne. Voyez le Livre des lumiĂšres, ch. III, fable 3, et le Pantcha Tantra, traduit par lâabbĂ© Dubois, Paris, 1826, p. 39 Ă 54. Remarquez dans lâapologue indien lâintervention dâun autre personnage qui accentue bien plus vivement la conclusion. Lâhomme a sauvĂ© le serpent des flammes en lui tendant un sac au bout dâune perche. Il lâa laissĂ© sortir du sac, et câest alors que le serpent veut mordre son bienfaiteur. Au reproche que lâhomme lui adresse, il rĂ©pond quâil ne fait que suivre les exemples que lui-mĂȘme lui donne, et propose dâen appeler au tĂ©moignage de la vache et de lâarbre. Ceux-ci rĂ©pondent comme lâon sait. Mais le renard est consultĂ© Ă son tour. Il se fait raconter lâaventure ; il feint de mettre en doute que le serpent ait pu entrer dans un si petit sac et demande Ă voir cela de ses propres yeux. Le serpent, pour le convaincre, rentre dans le renard dit alors Ă lâhomme Tu es maĂźtre de la vie de ton ennemi ; sers-toi de cette occasion ». Lâhomme ne se le fait pas dire deux fois et Ă©crase le serpent contre une pierre. La leçon, comme on le voit, est digne des temps barbares. La moralitĂ© de La Fontaine "Parler de loin ou bien se taire" nâest guĂšre meilleure ; elle dĂ©cĂšle une Ă©poque trop civilisĂ©e et exprime la prudence et la sagesse vile des courtisans. Illustration de "L'Homme et la Couleuvre" par OUDRY LE LION, LE LOUP ET LE RENARDUn Lion dĂ©crĂ©pit, goutteux, nâen pouvant plus,Voulait que lâon trouvĂąt remĂšde Ă la vieillesse AllĂ©guer lâimpossible aux Rois, câest un parmi chaque espĂšceManda des MĂ©decins ; il en est de tous arts MĂ©decins au Lion viennent de toutes parts ;De tous cĂŽtĂ©s lui vient des donneurs de les visites qui sont faites,Le Renard se dispense, et se tient clos et Loup en fait sa cour, daube au coucher du RoiSon camarade absent ; le Prince tout Ă lâheureVeut quâon aille enfumer Renard dans sa demeure,Quâon le fasse venir. Il vient, est prĂ©sentĂ© ;Et, sachant que le Loup lui faisait cette affaire Je crains, Sire, dit-il, quâun rapport peu sincĂšre,Ne mâait Ă mĂ©pris imputĂ©Dâavoir diffĂ©rĂ© cet hommage ;Mais jâĂ©tais en pĂšlerinage ;Et mâacquittais dâun voeu fait pour votre jâai vu dans mon voyageGens experts et savants ; leur ai dit la langueurDont votre MajestĂ© craint Ă bon droit la ne manquez que de chaleur Le long Ăąge en vous lâa dĂ©truite Dâun Loup Ă©corchĂ© vif appliquez-vous la peauToute chaude et toute fumante ;Le secret sans doute en est beauPour la nature Loup vous servira,Sâil vous plaĂźt, de robe de Roi goĂ»te cet avis-lĂ On Ă©corche, on taille, on dĂ©membreMessire Loup. Le Monarque en soupa,Et de sa peau sâenveloppa ;Messieurs les courtisans, cessez de vous dĂ©truire Faites si vous pouvez votre cour sans vous mal se rend chez vous au quadruple du daubeurs ont leur tour dâune ou dâautre maniĂšre Vous ĂȘtes dans une carriĂšreOĂč lâon ne se pardonne rien. Commentaires et analyses par Chamfort . 5. . . . . Il en est de tous ne sais ce que cela veut dire. Veut-il dire. que , dans toutes les professions , il y a des gens qui se mĂȘlent de mĂ©decine ? en ce cas , cela est mal exprimĂ©. Ce nâest pas sa 10. âŠ. Daube , au coucher du roi,Son camarade absent. âŠOn dit, sur ce trait, dans lâĂ©loge de La Fontaine Suis-je dans lâantre du lion ? suis-je Ă la cour ? On pourrait presque ajouter que. lâillusion se prolonge jusquâĂ la fin de cette charmante fable. TĂȘtes de boucTĂȘtes de chatTĂȘtes d'aigleCharles LE BRUN 1619-1690, Etudes physiognomoniques 1668Figure majeure de l'art classique, architecte et dĂ©corateur, Le Brun conduisit les amĂ©nagements du chĂąteau de Versailles pour la plus grande gloire de Louis XIV. Il fut aussi un thĂ©oricien sa rĂ©flexion sur l'influence des Ă©motions dans l'expression du visage objet de la physiognomonie l'a conduit Ă une sĂ©rie de dessins oĂč il confronte des visages humains et des tĂȘtes animales, afin de tracer des correspondances entre physionomie et caractĂšre. Les frontiĂšres entre hommes et animaux s'en trouvent physiognomonie Ă pour objet la c UN FABULISTE DU XVIIIĂšme SIECLE FLORIAN 1755-1794La fable et la vĂ©ritĂ©, Fables, livre ILa vĂ©ritĂ©, toute nue,Sortit un jour de son attraits par le temps Ă©taient un peu dĂ©truits ;Jeune et vieux fuyaient Ă sa pauvre vĂ©ritĂ© restait lĂ morfondue,Sans trouver un asile oĂč pouvoir ses yeux vient se prĂ©senterLa fable, richement vĂȘtue,Portant plumes et diamants,La plupart faux, mais trĂšs ! Vous voilĂ ! Bon jour, dit-elle Que faites-vous ici seule sur un chemin ?La vĂ©ritĂ© rĂ©pond vous le voyez, je gĂȘle ;Aux passants je demande en vainDe me donner une retraite,Je leur fais peur Ă tous hĂ©las ! Je le vois bien,Vieille femme n'obtient plus ĂȘtes pourtant ma cadette,Dit la fable, et, sans vanitĂ©,Partout je suis fort bien reçue Mais aussi, dame vĂ©ritĂ©,Pourquoi vous montrer toute nue ?Cela n'est pas adroit tenez, arrangeons-nous ;Qu'un mĂȘme intĂ©rĂȘt nous rassemble Venez sous mon manteau, nous marcherons le sage, Ă cause de vous,Je ne serai point rebutĂ©e ;A cause de moi, chez les fousVous ne serez point maltraitĂ©e Servant, par ce moyen, chacun selon son goĂ»t,GrĂące Ă votre raison, et grĂące Ă ma folie,Vous verrez, ma soeur, que partoutNous passerons de compagnie. LE CONTE PHILOSOPHIQUE Ce genre triomphe au XVIIIĂšme siĂšcle avec Voltaire exploitant les ingrĂ©dients merveilleux et exotiques du conte, le rĂ©cit suit l'itinĂ©raire vagabond d'un hĂ©ros dont le nom est dĂ©jĂ un programme Candide, l'IngĂ©nu, MicromĂ©gas... Ses aventures - sur le mode ironique et satirique - tĂ©moignent apparemment de beaucoup de naĂŻvetĂ©, mais elles dĂ©livrent finalement une rĂ©flexion critique sur la politique, la morale ou la religion. Au XXĂšme siĂšcle, on retrouve cette vocation dans des formes brĂšves, Ă mi-chemin entre le conte et la nouvelle chez Kafka, Buzzati ou DE LA GUERRE DENONCIATION DE L'HORREUR ET DE L'ABSURDITE DE LA GUERRECHAPITRE TROISIEMECOMMENT CANDIDE SE SAUVA D'ENTRE LES BULGARES, ET CE QU'IL DEVINT Rien n'Ă©tait si beau, si leste, si brillant, si bien ordonnĂ© que les deux armĂ©es. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une harmonie telle qu'il n'y en eut jamais en enfer. Les canons renversĂšrent d'abord Ă peu prĂšs six mille hommes de chaque cĂŽtĂ© ; ensuite la mousqueterie ĂŽta du meilleur des mondes environ neuf Ă dix mille coquins qui en infectaient la surface. La baĂŻonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d'hommes. Le tout pouvait bien se monter Ă une trentaine de mille Ăąmes. Candide, qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu'il put pendant cette boucherie hĂ©roĂŻque. Enfin, tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum chacun dans son camp, il prit le parti d'aller raisonner ailleurs des effets et des causes. Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants, et gagna d'abord un village voisin ; il Ă©tait en cendres c'Ă©tait un village abare que les Bulgares avaient brĂ»lĂ©, selon les lois du droit public. Ici des vieillards criblĂ©s de coups regardaient mourir leurs femmes Ă©gorgĂ©es, qui tenaient leurs enfants Ă leurs mamelles sanglantes ; lĂ des filles Ă©ventrĂ©es aprĂšs avoir assouvi les besoins naturels de quelques hĂ©ros rendaient les derniers soupirs ; d'autres, Ă demi brĂ»lĂ©es, criaient qu'on achevĂąt de leur donner la mort. Des cervelles Ă©taient rĂ©pandues sur la terre Ă cĂŽtĂ© de bras et de jambes coupĂ©s. Candide s'enfuit au plus vite dans un autre village il appartenait Ă des Bulgares, et des hĂ©ros abares l'avaient traitĂ© de mĂȘme. Candide, toujours marchant sur des membres palpitants ou Ă travers des ruines, arriva enfin hors du théùtre de la guerre, portant quelques petites provisions dans son bissac, et n'oubliant jamais Mlle CunĂ©gonde. Ses provisions lui manquĂšrent quand il fut en Hollande ; mais ayant entendu dire que tout le monde Ă©tait riche dans ce pays-lĂ , et qu'on y Ă©tait chrĂ©tien, il ne douta pas qu'on ne le traitĂąt aussi bien qu'il l'avait Ă©tĂ© dans le chĂąteau de monsieur le baron avant qu'il en eĂ»t Ă©tĂ© chassĂ© pour les beaux yeux de Mlle du chapitre 3 de Candide - Voltaire Caricature de VOLTAIRE par SAVIGNAC SATIRE DE LA JUSTICE ZADIG OU LA DESTINEE, VOLTAIRE Un jour, se promenant auprĂšs d'un petit bois, il vit accourir Ă lui un eunuque de la reine, suivi de plusieurs officiers qui paraissaient dans la plus grande inquiĂ©tude, et qui couraient çà et lĂ comme des hommes Ă©garĂ©s qui cherchent ce qu'ils ont perdu de plus prĂ©cieux. Jeune homme, lui dit le premier eunuque, n'avez-vous point vu le chien de la reine ? » Zadig rĂ©pondit modestement C'est une chienne, et non pas un chien. » Vous avez raison, reprit le premier eunuque. â C'est une Ă©pagneule trĂšs petite, ajouta Zadig ; elle a fait depuis peu des chiens ; elle boite du pied gauche de devant, et elle a les oreilles trĂšs longues. â Vous l'avez donc vue ? dit le premier eunuque tout essoufflĂ©. Non, rĂ©pondit Zadig, je ne l'ai jamais vue, et je n'ai jamais su si la reine avait une chienne. PrĂ©cisĂ©ment dans le mĂȘme temps, par une bizarrerie ordinaire de la fortune, le plus beau cheval de l'Ă©curie du roi s'Ă©tait Ă©chappĂ© des mains d'un palefrenier dans les plaines de Babylone. Le grand veneur et tous les autres officiers couraient aprĂšs lui avec autant d'inquiĂ©tude que le premier eunuque aprĂšs la chienne. Le grand veneur s'adressa Ă Zadig, et lui demanda s'il n'avait point vu passer le cheval du roi. C'est, rĂ©pondit Zadig, le cheval qui galope le mieux ; il a cinq pieds de haut, le sabot fort petit ; il porte une queue de trois pieds et demi de long ; les bossettes de son mors sont d'or Ă vingt-trois carats ; ses fers sont d'argent Ă onze deniers. â Quel chemin a-t-il pris ? oĂč est-il ? demanda le grand veneur. â Je ne l'ai point vu, rĂ©pondit Zadig, et je n'en ai jamais entendu parler. » Le grand veneur et le premier eunuque ne doutĂšrent pas que Zadig n'eĂ»t volĂ© le cheval du roi et la chienne de la reine ; ils le firent conduire devant l'assemblĂ©e du grand Desterham, qui le condamna au knout, et Ă passer le reste de ses jours en SibĂ©rie. A peine le jugement fĂ»t-il rendu qu'on retrouva le cheval et la chienne. Les juges furent dans la douloureuse nĂ©cessitĂ© de rĂ©former leur arrĂȘt ; mais ils condamnĂšrent Zadig Ă payer quatre cents onces d'or, pour avoir dit qu'il n'avait point vu ce qu'il avait vu. Il fallut d'abord payer cette amende ; aprĂšs quoi il fut permis Ă Zadig de plaider sa cause au conseil du grand Desterham ; il parla en ces termes Ătoiles de justice, abĂźmes de science, miroirs de vĂ©ritĂ© qui avez la pesanteur du plomb, la duretĂ© du fer, l'Ă©clat du diamant, et beaucoup d'affinitĂ© avec l'or, puisqu'il m'est permis de parler devant cette auguste assemblĂ©e, je vous jure par Orosmade, que je n ai jamais vu la chienne respectable de la reine, ni le cheval sacrĂ© du roi des rois. Voici ce qui m'est arrivĂ© Je me promenais vers le petit bois oĂč j'ai rencontrĂ© depuis le vĂ©nĂ©rable eunuque et le trĂšs illustre grand veneur. J'ai vu sur le sable les traces d'un animal, et j'ai jugĂ© aisĂ©ment que c'Ă©taient celles d'un petit chien. Des sillons lĂ©gers et longs imprimĂ©s sur de petites Ă©minences de sable entre les traces des pattes m'ont fait connaĂźtre que c'Ă©tait une chienne dont les mamelles Ă©taient pendantes et qu'ainsi elle avait fait des petits il y a peu de jours. D'autres traces en un sens diffĂ©rent, qui paraissaient toujours avoir rasĂ© la surface du sable Ă cĂŽtĂ© des pattes de devant, m'ont appris qu'elle avait les oreilles ; trĂšs longues ; et comme j'ai remarquĂ© que le sable Ă©tait toujours moins creusĂ© par une patte que par les trois autres, j'ai compris que la chienne de notre auguste reine Ă©tait un peu boiteuse, si je l'ose dire. »Voltaire - Zadig ou La DestinĂ©e - Extrait du chapitre III DIALOGUE DU CHAPON ET DE LA POULARDELâapologue est un moyen privilĂ©giĂ© pour moraliser, et il prend la forme dâune fable, dâun conte, ou mĂȘme dâun dialogue comme câest le cas pour celui du chapon et de la poularde. Dans lâextrait ci-dessous, lâauteur, VOLTAIRE, dĂ©montre, dans un but moralisateur, lâabsurditĂ© de la conduite des hommes, de leurs traditions, et en profite pour railler la religion et ce qui sây rapporte. SATIRE DE LA RELIGIONLE CHAPON. - Eh, mon Dieu ! ma poule, te voilĂ bien triste, quâas-tu ?LA POULARDE. - Mon cher ami, demande-moi plutĂŽt ce que je nâai plus. Une maudite servante mâa prise sur ses genoux, mâa plongĂ© une longue aiguille dans le cul, a saisi ma matrice, lâa roulĂ©e autour de lâaiguille, lâa arrachĂ©e et lâa donnĂ©e Ă manger Ă son chat. Me voilĂ incapable de recevoir les faveurs du chantre du jour, et de CHAPON. - HĂ©las! ma bonne, jâai perdu plus que vous ; ils mâont fait une opĂ©ration doublement cruelle ni vous ni moi nâaurons plus de consolation dans ce monde ; ils vous ont fait poularde, et moi chapon. La seule idĂ©e qui adoucit mon Ă©tat dĂ©plorable, câest que jâentendis ces jours passĂ©s, prĂšs de mon poulailler, raisonner deux abbĂ©s italiens Ă qui on avait fait le mĂȘme outrage afin quâils pussent chanter devant le pape avec une voix plus claire. Ils disaient que les hommes avaient commencĂ© par circoncire leurs semblables, et quâils finissaient par les chĂątrer ils maudissaient la destinĂ©e et le genre POULARDE. - Quoi ! câest donc pour que nous ayons une voix plus claire quâon nous a privĂ©s de la plus belle partie de nous-mĂȘmes ?LE CHAPON. - HĂ©las ! ma pauvre poularde, Câest pour nous engraisser, et pour nous rendre la chair plus POULARDE. - Eh bien! quand nous serons plus gras, le seront-ils davantage ?LE CHAPON. - Oui, car ils prĂ©tendent nous POULARDE. - Nous manger ! ah, les monstres !LE CHAPON. - Câest leur coutume ; ils nous mettent en prison pendant quelques jours, nous font avaler une pĂątĂ©e dont ils ont le secret, nous crĂšvent les yeux pour que nous nâayons point de distraction ; enfin, le jour de la fĂȘte Ă©tant venu, ils nous arrachent les plumes, nous coupent la gorge, et nous font rĂŽtir. On nous apporte devant eux dans une large piĂšce dâargent ; chacun dit de nous ce quâil pense ; on fait notre oraison funĂšbre lâun dit que nous sentons la noisette ; lâautre vante notre chair succulente ; on loue nos cuisses, nos bras, notre croupion ; et voilĂ notre histoire dans ce bas monde finie pour POULARDE. - Quels abominables coquins ! je suis prĂȘte Ă mâĂ©vanouir. Quoi! on mâarrachera les yeux ! on me coupera le cou ! je serai rĂŽtie et mangĂ©e ! Ces scĂ©lĂ©rats nâont donc point de remords ?LE CHAPON. - Non, mâamie ; les deux abbĂ©s dont je vous ai parlĂ© disaient que les hommes nâont jamais de remords des choses quâils sont dans lâusage de POULARDE. - La dĂ©testable engeance ! Je parie quâen nous dĂ©vorant ils se mettent encore Ă rire et Ă faire des contes plaisants, comme si de rien nâ CHAPON. - Vous lâavez devinĂ© ; mais sachez pour votre consolation si câen est une que ces animaux, qui sont bipĂšdes comme nous, et qui sont fort au-dessous de nous, puisquâils nâont point de plumes, en ont usĂ© ainsi fort souvent avec leurs semblables. Jâai entendu dire Ă mes deux abbĂ©s que tous les empereurs chrĂ©tiens et grecs ne manquaient jamais de crever les deux yeux Ă leurs cousins et Ă leurs frĂšres ; que mĂȘme, dans le pays oĂč nous sommes, il y avait eu un nommĂ© DĂ©bonnaire qui fit arracher les yeux Ă son neveu Bernard. Mais pour ce qui est de rĂŽtir des hommes, rien nâa Ă©tĂ© plus commun parmi cette espĂšce. Mes deux abbĂ©s disaient quâon en avait rĂŽti plus de vingt mille pour de certaines opinions quâil serait difficile Ă un chapon dâexpliquer, et qui ne mâimportent POULARDE. - CâĂ©tait apparemment pour les manger quâon les CHAPON. - Je nâoserais pas lâassurer ; mais je me souviens bien dâavoir entendu clairement quâil y a bien des pays, et entre autres celui des Juifs, oĂč les hommes se sont quelquefois mangĂ©s les uns les POULARDE. - Passe pour cela. Il est juste quâune espĂšce si perverse se dĂ©vore elle-mĂȘme, et que la terre soit purgĂ©e de cette race. Mais moi qui suis paisible, moi qui nâai jamais fait de mal, moi qui ai mĂȘme nourri ces monstres en leur donnant mes oeufs, ĂȘtre chĂątrĂ©e, aveuglĂ©e, dĂ©collĂ©e, et rĂŽtie ! Nous traite-t-on ainsi dans le reste du monde ?LE CHAPON. - Les deux abbĂ©s disent que non. Ils assurent que dans un pays nommĂ© lâInde, beaucoup plus grand, plus beau, plus fertile que le nĂŽtre, les hommes ont une loi sainte qui depuis des milliers de siĂšcles leur dĂ©fend de nous manger ; que mĂȘme un nommĂ© Pythagore, ayant voyagĂ© chez ces peuples justes, avait rapportĂ© en Europe cette loi humaine, qui fut suivie par tous ses disciples. Ces bons abbĂ©s lisaient Porphyre le Pythagoricien, qui a Ă©crit un beau livre contre les broches. O le grand homme ! le divin homme que ce Porphyre ! Avec quelle sagesse, quelle force, quel respect tendre pour la DivinitĂ© il prouve que nous sommes les alliĂ©s et les parents des hommes; que Dieu nous donna les mĂȘmes organes, les mĂȘmes sentiments, la mĂȘme mĂ©moire, le mĂȘme germe inconnu dâentendement qui se dĂ©veloppe dans nous jusquâau point dĂ©terminĂ© par les lois Ă©ternelles, et que ni les hommes ni nous ne passons jamais ! En effet, ma chĂšre poularde, ne serait-ce pas un outrage Ă la DivinitĂ© de dire que nous avons des sens pour ne point sentir, une cervelle pour ne point penser ? Cette imagination digne, Ă ce quâils disaient, dâun fou nommĂ© Descartes, ne serait-elle pas le comble du ridicule et la vaine excuse de la barbarie ?Aussi les plus grands philosophes de lâantiquitĂ© ne nous mettaient jamais Ă la broche. Ils sâoccupaient Ă tĂącher dâapprendre notre langage, et de dĂ©couvrir nos propriĂ©tĂ©s si supĂ©rieures Ă celles de lâespĂšce humaine. Nous Ă©tions en sĂ»retĂ© avec eux comme dans lâĂąge dâor. Les sages ne tuent point les animaux, dit Porphyre ; il nây a que les barbares et les prĂȘtres qui les tuent et les mangent. Il fit cet admirable livre pour convertir un de ses disciples qui sâĂ©tait fait chrĂ©tien par POULARDE. - Eh bien! dressa-t-on des autels Ă ce grand homme qui enseignait la vertu au genre humain, et qui sauvait la vie au genre animal?LE CHAPON. - Non, il fut en horreur aux chrĂ©tiens qui nous mangent, et qui dĂ©testent encore aujourdâhui sa mĂ©moire ; ils disent quâil Ă©tait impie, et que ses vertus Ă©taient fausses, attendu quâil Ă©tait POULARDE. - Que la gourmandise a dâaffreux prĂ©jugĂ©s ! Jâentendais lâautre jour, dans cette espĂšce de grange qui est prĂšs de notre poulailler, un homme qui parlait seul devant dâautres hommes qui ne parlaient point. Il sâĂ©criait que Dieu avait fait un pacte avec nous et avec ces autres animaux appelĂ©s hommes ; que Dieu leur avait dĂ©fendu de se nourrir de notre sang et de notre chair». Comment peuvent-ils ajouter Ă cette dĂ©fense positive la permission de dĂ©vorer nos membres bouillis ou rĂŽtis ? Il est impossible, quand ils nous ont coupĂ© le cou, quâil ne reste beaucoup de sang dans nos veines ; ce sang se mĂȘle nĂ©cessairement Ă notre chair ; ils dĂ©sobĂ©issent donc visiblement Ă Dieu en nous mangeant. De plus, nâest-ce pas un sacrilĂšge de tuer et de dĂ©vorer des gens avec qui Dieu a fait un pacte ? Ce serait un Ă©trange traitĂ© que celui dont la seule clause serait de nous livrer Ă la mort. Ou notre crĂ©ateur nâa point fait de pacte avec nous, ou câest un crime de nous tuer et de nous faire cuire il nây a pas de CHAPON. - Ce nâest pas la seule contradiction qui rĂšgne chez ces monstres, nos Ă©ternels ennemis. Il y a longtemps quâon leur reproche quâils ne sont dâaccord en rien. Ils ne font des lois que pour les violer ; et, ce quâil y a de pis, câest quâils les violent en conscience. Ils ont inventĂ© cent subterfuges, cent sophismes pour justifier leurs transgressions. Ils ne se servent de la pensĂ©e que pour autoriser leurs injustices, et nâemploient les paroles que pour dĂ©guiser leurs pensĂ©es. Figure-toi que, dans le petit pays oĂč nous vivons, il est dĂ©fendu de nous manger deux jours de la semaine ils trouvent bien moyen dâĂ©luder la loi ; dâailleurs cette loi, qui te paraĂźt favorable, est trĂšs barbare ; elle ordonne que ces jours-lĂ on mangera les habitants des eaux ils vont chercher des victimes au fond des mers et des riviĂšres. Ils dĂ©vorent des crĂ©atures dont une seule coĂ»te souvent plus de la valeur de cent chapons ils appellent cela jeĂ»ner, se mortifier. Enfin je ne crois pas quâil soit possible dâimaginer une espĂšce plus ridicule Ă la fois et plus abominable, plus extravagante et plus POULARDE. - Eh, mon Dieu ! ne vois-je pas venir ce vilain marmiton de cuisine avec son grand couteau ?LE CHAPON. - Câen est fait, mâamie, notre derniĂšre heure est venue ; recommandons notre Ăąme Ă POULARDE. - Que ne puis-je donner au scĂ©lĂ©rat qui me mangera une indigestion qui le fasse crever ! Mais les petits se vengent des puissants par de vains souhaits, et les puissants sâen CHAPON. - AĂŻe ! on me prend par le cou. Pardonnons Ă nos POULARDE. - Je ne puis ; on me serre, on mâemporte. Adieu, mon cher CHAPON. - Adieu, pour toute lâĂ©ternitĂ©, ma chĂšre poularde. Le Baron D'Holbach 1723-1789, Le Bon sens, Conte oriental » 1772 Le baron d'Holbach fut collaborateur de l'EncyclopĂ©die, on utilisa ses compĂ©tences en chimie et en mĂ©tallurgie, mais surtout son athĂ©isme et son matĂ©rialisme servirent les idĂ©aux des LumiĂšres. Dans Le Bon sens ou IdĂ©es naturelles opposĂ©es aux IdĂ©es surnaturelles, on trouve un bref Ă©pisode en forme de conte oriental, dont l'anecdote conduit ironiquement le lecteur Ă rĂ©flĂ©chir Ă la sagesse divine la Providence. A quelque distance de Bagdad, un dervis, renommĂ© pour sa saintetĂ©, passait des jours tranquilles dans une solitude agrĂ©able. Les habitants d'alentour, pour avoir part Ă ses priĂšres, s'empressaient chaque jour Ă lui porter des provisions et des prĂ©sents. Le saint homme ne cessait de rendre grĂąces Ă Dieu des bienfaits dont sa Providence le comblait. O Allah ! disait-il, que ta tendresse est ineffable pour tes serviteurs, qu'ai-je fait pour mĂ©riter les biens dont ta libĂ©ralitĂ© m'accable ? O monarque des cieux ! O pĂšre de la nature ! quelles louanges pourraient dignement cĂ©lĂ©brer ta munificence et tes soins paternels ! O Allah ! que tes bontĂ©s sont grandes pour les enfants des hommes ! » PĂ©nĂ©trĂ© de reconnaissance, notre ermite fit le vĆu d'entreprendre pour la septiĂšme fois le pĂšlerinage de La Mecque. La guerre qui subsistait alors entre les Persans et les Turcs, ne put lui faire diffĂ©rer l'exĂ©cution de sa pieuse entreprise. Plein de confiance en Dieu, il se met en voyage ; sous la sauvegarde inviolable d'un habit respectĂ©, il traverse sans obstacle les dĂ©tachements ennemis loin d'ĂȘtre molestĂ©, il reçoit Ă chaque pas des marques de la vĂ©nĂ©ration du soldat des deux partis. A la fin, accablĂ© de lassitude, il se voit obligĂ© de chercher un asile contre les rayons d'un soleil brĂ»lant ; il le trouve sous l'ombrage frais d'un groupe de palmiers, dont un ruisseau limpide arrosait les racines. Dans ce lieu solitaire, dont la paix n'Ă©tait troublĂ©e que par le murmure des eaux et le ramage des oiseaux, l'homme de Dieu rencontre, non seulement une retraite enchantĂ©e, mais encore un repas dĂ©licieux ; il n'a qu'Ă Ă©tendre la main pour cueillir des dattes et d'autres fruits agrĂ©ables ; le ruisseau lui fournit le moyen de se dĂ©saltĂ©rer bientĂŽt un gazon vert l'invite Ă prendre un doux repos ; Ă son rĂ©veil il fait l'ablution sacrĂ©e et dans un transport d'allĂ©gresse, il s'Ă©crie, O Allah ! que tes bontĂ©s sont grandes pour les enfants des hommes ! » Bien repu, rafraĂźchi, plein de force et de gaietĂ©, notre saint poursuit sa route ; elle le conduit quelque temps au travers d'une contrĂ©e riante qui n'offre Ă ses yeux que des coteaux fleuris, des prairies Ă©maillĂ©es, des arbres chargĂ©s de fruits. Attendri par ce spectacle, il ne cesse d'adorer la main riche et libĂ©rale de la providence, qui se montre partout occupĂ©e du bonheur de la race humaine. Parvenu un peu plus loin, il trouve quelques montagnes assez rudes Ă franchir, mais une fois arrivĂ© Ă leur sommet, un spectacle hideux se prĂ©sente tout Ă coup Ă ses regards ; son Ăąme en est consternĂ©e. II dĂ©couvre une vaste plaine, entiĂšrement dĂ©solĂ©e par le fer et la flamme ; il la mesure des yeux et la voit couverte de plus de cent mille cadavres, restes dĂ©plorables d'une bataille sanglante qui depuis peu de jours s'Ă©tait livrĂ©e dans ces lieux. Les aigles, les vautours, les corbeaux et les loups dĂ©voraient Ă l'envi les corps morts, dont la terre Ă©tait jonchĂ©e. Cette vue plonge notre pĂšlerin dans une sombre rĂȘverie le ciel, par une faveur spĂ©ciale, lui avait donnĂ© de comprendre le langage des bĂȘtes ; il entendit un loup gorgĂ© de chair humaine, qui, dans l'excĂšs de sa joie, s'Ă©criait, O Allah ! que tes bontĂ©s sont grandes pour les enfants des loups ! ta sagesse prĂ©voyante a soin d'envoyer des vertiges Ă ces hommes dĂ©testables si dangereux pour nous. Par un effet de ta providence, qui veille sur tes crĂ©atures, ces destructeurs de notre espĂšce s'Ă©gorgent les uns les autres, et nous fournissent des repas somptueux. O Allah que tes bontĂ©s sont grandes pour les enfants des loups ! » LE VOYAGE LITTERAIRE Entre les XVIIĂšme et XVIIIĂšme siĂšcles, les progrĂšs de la navigation lointaine permettent la conquĂȘte d'espaces et de savoirs nouveaux. Les rĂ©cits de Louis Antoine de BOUGAINVILLE, au retour d'un voyage autour du monde entre 1766 et 1769, ou de Jean François de LA PEROUSE, disparu alors que son navire se trouvait au sud de l'Australie, apportent la certitude que le monde ne se limite pas Ă l'Europe chrĂ©tienne et que l'idĂ©e de civilisation est une notion relative. Plus hardis que ceux du XVIIĂšme siĂšcle, les Ă©crivains des LumiĂšres sont eux-mĂȘmes des voyageurs, au moins en Europe et dans le pourtour mĂ©diterranĂ©en ; et il n'est pas un seul de leurs voyages qui ne donne lieu Ă la rĂ©daction de leurs conclusions, tels VOLTAIRE parti pour l'Angleterre ou MONTESQUIEU de retour d'Italie. Mus par la curiositĂ© et par le dĂ©sir de comprendre, ils mettent ainsi Ă profit leurs observations pour renverser leur regard et se livrer Ă des analyses comparatives dont MONTAIGNE humaniste du 16Ăšme siĂšcle, avant eux, avait montrĂ© la justesse. Le passage Ă la fiction permet Ă ces Ă©crivains plus d'audace et de libertĂ© ainsi naĂźt le hĂ©ros voyageur, venu de l'espace ex MicromĂ©gas chez VOLTAIRE, ou s'y rendant comme le narrateur des Etat et Empires de la Lune, chez Cyrano de BERGERAC, ingĂ©nu dĂ©barquĂ© d'AmĂ©rique dans le conte L'IngĂ©nu, de VOLTAIRE ou faux candides persans en visite en Europe Lettres persanes de MONTESQUIEU. Tous portent un regard "Ă©tranger", toujours critique sur la sociĂ©tĂ© europĂ©enne. La satire prend ainsi Ă revers la censure et contribue aux changements que la sociĂ©tĂ© rĂ©clame.
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